Parrains du cartel de Cali

Le Cartel de Cali, l’Ennemi Juré de Pablo Escobar

Sommaire

Quand on pense à un cartel colombien, celui de Medellín nous vient généralement à l’esprit. Pablo Emilio Escobar Gaviria, l’un de ses principaux fondateurs, en est sans doute la raison.

Pourtant, dans les années 1980/1990, il existait un autre cartel, tout aussi influent que celui de Medellín : le cartel de Cali.

Contrairement à celui d’Escobar, ce cartel était connu pour privilégier la corruption aux bains de sang. Après tout, pourquoi faire usage de la violence quand on peut littéralement se mettre dans la poche le président colombien lui-même ?

Chaque année, le cartel de Cali dépensait 1 milliard de dollars en pot-de-vin, de quoi leur permettre d’acheter tout ce qu’il était possible d’acheter.
Disons que s’ils pouvaient éviter de recourir à la violence, ils le faisaient. Ainsi, au lieu d’éliminer les potentielles menaces, ils achetaient leur silence et évitaient dès lors toute médiatisation sur leurs activités illégales. Ouais, on ne les surnommait pas les « Gentlemen de Cali » pour rien.

Mais n’allez pas croire qu’ils étaient des enfants de chœur non plus.
Non, ils faisaient certes dans la discrétion, mais ils pouvaient tout aussi bien utiliser la force pour se faire respecter.

Ce sont 4 parrains qui feront de ce cartel un véritable empire grâce au trafic de drogue.

Dans le lot, il y avait :

  • Les 2 frères Rodriguez Orejuela, Gilberto et Miguel ;
  • José Santacruz Londoño, dit « Chepe » ;
  • Et Hélmer Herrera alias « Pacho ».

D’après la DEA, il s’agissait de l’organisation criminelle la plus puissante de l’histoire, devançant même celle de Medellín. Dites-vous qu’à leur apogée, 90 % du trafic de cocaïne vers les États-Unis étaient sous leur contrôle et près de 80 % pour l’Europe.
Et leur revenu annuel ? Ils sont montés jusqu’à 20 milliards de dollars…

Mais le fait d’avoir eu à cette époque Pablo Escobar et le cartel de Medellín comme principal rival n’a pas été de tout repos, si bien que le cartel de Cali ira en guerre contre son voisin, déclenchant une vague de violence inouïe dans le pays entre les années 1988 et 93.

Voici l’histoire du cartel de Cali.

Formation du cartel

Au sommet de la pyramide du cartel de Cali, on retrouve 4 parrains.
Mais ce sont en vérité 3 d’entre eux qui fonderont le cartel dans les années 70 : les 2 frères Rodriguez Orejuela (Gilberto et Miguel), et José Santacruz Londoño, alias « Chepe ».

Gilberto, le plus âgé des frères Orejuela, était surnommé « le joueur d’échecs » en raison de sa capacité à toujours avoir un coup d’avance sur ses adversaires. Il est né le 30 janvier 1939, dans une petite ville située au nord-ouest de Bogota.
Son petit frère Miguel y naît aussi, le 15 août 1943. Par la suite, la famille des frères Orejuela déménagent à Cali, la 3e ville la plus peuplée de Colombie. Ils passeront toute leur jeunesse là-bas. Gilberto, âgé de 10 ans, est alors contraint d’abandonner ses études pour subvenir aux besoins de sa famille et, 5 ans plus tard, il commence à travailler comme facteur dans une pharmacie. Le fait d’être dans la rue la plupart du temps l’amène à découvrir toute une variété de commerces illégaux qui, à ce moment-là, deviennent de plus en plus importants dans le pays. Le jeune Gilberto est tout de suite attiré par ce monde parallèle.
Doté d’un sens des affaires aigu, il devient par la suite gérant de sa propre pharmacie à l’âge de 25 ans, où il vend du matériel médical volé. Puis, son petit frère Miguel le rejoindra pour travailler avec lui, annonçant le début de leur association dans le monde des affaires.
Bientôt, un ami d’enfance, nommé José Santacruz Londoño, dit « Chepe », les rejoindra également afin de former l’un des plus grands cartels de la drogue de l’histoire.

Chepe a grandi avec les frères Orejuela. C’était un garçon à l’esprit aventureux, un bagarreur qui semblait toujours jovial avec un sens solide de l’autodérision. Il était du genre grossier et dépourvu de sophistication, mais bon ça, il n’en avait que faire…
Arrive alors un jour où il propose à Gilberto de former un gang spécialisé dans le kidnapping. Un gang qu’ils vont le nommer « Los Chemas », du nom de la coiffure gominée caractéristique des années 50 qu’ils arborent.
Les frères Rodriguez Orejuela et Chepe développent donc leur réseau de kidnappeurs et commettent de nombreux enlèvements. Ils commencent à se faire une petite fortune et arrivent même une fois à négocier une rançon à 12 millions de pesos, ce qui représentait à l’époque près d’un million de dollars.

Le trio rencontre ensuite Benjamín Herrera Zuleta, un narcotrafiquant considéré comme l’un des pionniers du trafic de drogue en Colombie. Avec lui, ils vont s’essayer dans un premier temps au commerce de la marijuana et, plus tard, à celui de la cocaïne, beaucoup plus rentable.
Il ne leur faut alors pas longtemps pour prendre progressivement le contrôle du trafic de drogue à Cali. Mais leur envie de grandeur ne s’arrête pas là.
Avec un kilo de cocaïne en poche, ils vont en effet entreprendre leur premier voyage en direction des États-Unis.

Ils traversent l’Amérique centrale et arrivent à la frontière du Texas. À ce moment-là, ils ne savent pas que la région dans laquelle ils se trouvent est dominée par un puissant narcotrafiquant mexicain du nom de Pablo Acosta Villarreal (le prédécesseur et mentor d’Amado Carrillo Fuentes).
Dieu sait ce qui leur serait arrivé s’il avait appris leur présence. Mais bon, il se trouve que la chance leur a souri puisqu’ils ont tranquillement traversé les États-Unis. Leur destination : New York.
Lorsqu’ils arrivent, ils sont stupéfaits de constater la grande valeur de leur produit sur le marché. La société américaine post-guerre du Vietnam est en effet avide de drogues, et notamment de cocaïne.
Dans les années 70, le kilo se vendait à 50 000, voire 60 000 dollars à New York. Autant vous dire qu’ils ont très vite compris qu’il y avait un marché à prendre.
Leur premier kilo vendu, ils en ont rapidement produit d’autres pour les expédier vers le pays de l’Oncle Sam et ainsi faire du trafic de cocaïne leur activité principale. L’argent coulant à flots, le business se développant, le cartel de Cali était né.

La cocaïne, c’est qui a permis au cartel de Cali de créer un véritable empire.
Chaque partie du business était organisée comme des cellules autonomes, de la sorte que si les autorités venaient pointer le bout de leur nez, personne ne pouvait véritablement fournir d’informations et donc, remonter jusqu’à ses responsables.

Chepe s’occupait de la distribution de la cocaïne dans toute l’Amérique, notamment à New York, l’un des meilleurs clients du cartel. La coke était acheminée là-bas par différents moyens, jusqu’à ce que le produit atteigne les discothèques, les bars et les boîtes de nuit de toutes les grandes villes.

Gilberto était en quelque sorte le PDG, la tête pensante du groupe. Son second lui n’était autre que son frère cadet, Miguel, que l’on appelait aussi « Don Miguel » ou « El Señor ». Il parlait peu, mais ne manquait de rien. C’était le directeur des opérations du cartel. Tout ce qui touchait à la finance, la sécurité, les livraisons et la corruption d’officiers de police, il s’en chargeait.

Et enfin, nous avions Hélmer « Pacho » Herrera, le 4e parrain du cartel de Cali et aussi le plus jeune. Il a été le dernier à rejoindre le comité exécutif du cartel.
Pacho était un narcotrafiquant très discret, il a toujours gardé un profil bas, si bien qu’il n’a jamais donné d’interview durant sa période d’activité.
Il était de plus homosexuel ; homosexualité qui était acceptée par les autres parrains puisqu’il rapportait gros, très gros.
Il avait en effet commencé à vendre de la cocaïne aux Etats-Unis avant de rejoindre le cartel de Cali en 1983. Dans le cartel, il s’occupait de la distribution à New-York et, d’après la DEA, il dirigeait également l’une des opérations de blanchiment d’argent les plus sophistiquées et les plus rentables, ce qui a évidemment permis au cartel de croître à une vitesse folle.
Le fait que Pacho ait utilisé ses contacts pour déplacer les itinéraires de contrebande du cartel vers le Mexique, s’est aussi avéré très lucratif pour les Gentlemen de Cali.
Autrement, Pacho s’occupait de la sécurité du cartel et à ce niveau-là, on pouvait lui faire confiance. Certes, c’était le plus discret des parrains, mais paradoxalement, c’était aussi le plus violent. Pacho traitait ses ennemis de la plus dure des façons.

Dans les années 80, la ville de Cali comptait plus d’un million d’habitants ; l’endroit était alors suffisamment grand pour que les parrains aient chacun leur propre fief :

  • Les frères Rodriguez Orejuela contrôlaient le centre et une banlieue huppée au sud de la ville.
  • Chepe, lui, avait toute la région sud de Cali.
  • Et Pacho Herrera possédait le nord

Autant vous dire que la ville leur appartenait, si bien que vous ne pouviez rien faire à Cali sans qu’ils le sachent. Ils étaient propriétaires de la compagnie de téléphone et employaient des milliers de chauffeurs de taxi. Ils arrosaient en pot-de-vin tout ce qu’il était possible d’acheter. De ce fait, ils pouvaient connaître l’identité de toutes les personnes entrant sur leur territoire, de sorte que si un individu fraîchement arrivé à Cali éveillait leurs soupçons, il était immédiatement signalé. Ça arrivait généralement avec les Américains au cas où ils travailleraient pour la DEA.

Les frères Rodriguez Orejuela ne s’enivraient pas et ne se droguaient pas. Mais ils avaient une addiction : le football.
Ils possédaient en effet l’un des 2 plus grands clubs de foot de la ville : l’América de Cali.
Tout a commencé en 1979, lorsque Miguel, fan inconditionnel du club, en a eu marre de voir son équipe favorite perdre. Du coup, il s’est dit qu’il allait investir d’énormes sommes d’argent dans le club, et les résultats ont drastiquement changé. Celle que l’on surnommait « l’équipe de l’infarctus » (en raison de sa tendance à perdre ou à gagner les matchs à la dernière minute) gagnait désormais des titres, si bien qu’en 1979, année à laquelle le cartel a commencé à investir, elle devient championne de Colombie pour la première fois de son histoire. Puis, dans les années 80, ce sont 5 autres titres de champion national qui s’ajoutent à leur palmarès, avec en plus, 3 participations à la finale de la Copa Libertadores, la coupe la plus prestigieuse pour un club sud-américain. l’équivalent de la Ligue des Champions si vous voulez.
L’América de Cali sera même classée deuxième meilleure équipe du monde derrière la Juventus de Turin en 1996.
Bref, les supporters avaient maintenant de quoi fêter.

Les parrains de Cali possédaient bien sûr de luxueuses propriétés dans chaque coin de la ville, mais pour rester discrets en dehors de leurs résidences, ils conduisaient des Mazda, oui de simples Mazda.
Les voitures de luxe qu’ils possédaient étaient prêtées à des hommes politiques ou à des célébrités.

Dans les médias, ils attribuaient leur richesse à leurs activités commerciales légitimes. Et si des articles négatifs étaient publiés à leur sujet, Gilberto prenait le téléphone et réprimandait les journalistes.

Si vous souhaitiez rejoindre le cartel, il fallait remplir un formulaire de candidature, comme toute entreprise ordinaire. Mais bien entendu, ils n’embauchaient pas n’importe qui, seulement les personnes les plus talentueuses, tels que des comptables, des économistes ou des conseillers financiers. Les nouveaux employés recevaient alors quelques règles à suivre par télécopie, certaines stipulant qu’il était impératif de vivre modestement et d’éviter d’attirer l’attention sur soi.
C’est cette « discipline » qui a permis au cartel de perdurer et de continuer à se développer sans ennui. Préférer l’ombre à la lumière, voilà ce qui résumerait parfaitement le cartel de Cali.
Un cartel prospère digne d’une multinationale qui expédiait ses produits aux 4 coins du monde : Amérique du Nord, Europe, Extrême-Orient.

Sauf que voilà, le cartel de Cali n’était pas le seul à se tailler une part de l’énorme gâteau de la cocaïne.
De l’autre côté des montagnes se trouvait en effet un autre cartel tout aussi fortuné : le cartel de Medellín, qu’un certain Pablo Emilio Escobar Gaviria dirigeait, et lui, la discrétion, je peux vous dire qu’il n’en avait rien à faire…

Les cartels de Cali et de Medellín avaient une structure organisationnelle bien différente.
Celui de Cali était, comme dit, dirigé par un conseil d’administration composé de 4 parrains. Ces derniers travaillaient main dans la main ; ils se concertaient et votaient lors des décisions importantes, ce qui fait que par conséquent il n’y avait jamais de désaccords majeurs entre eux.
À Medellín, en revanche, ça pouvait être le cas, puisque leur cartel était formé en une sorte d’alliance où chaque narcotrafiquant était indépendant. Pablo ayant d’ailleurs tendance à imposer sa volonté aux autres.
Les Gentlemen de Cali se considéraient alors comme plus sophistiqués que ceux de Medellín, qu’ils considéraient comme une bande de voyous.
Pendant que le cartel de Cali s’occupait de tisser des liens avec l’élite colombienne, Pablo Escobar, lui, cherchait le soutien et l’amour du peuple de Medellín.
Pendant que le cartel de Cali privilégiait la corruption pour éliminer les potentielles menaces, Pablo utilisait la violence pour se débarrasser des indésirables.
Cali était tout autant capable de faire preuve de brutalité, seulement ils préféraient soudoyer plutôt que de régler leurs comptes.
Comme disait le chef de la DEA de New York de l’époque :

« Les gangs de Cali vous tueront s’il le faut, mais ils préfèrent avoir recours à un avocat ».

On peut ainsi penser que les 2 cartels se sont toujours haïs, sauf que ça n’a pas été le cas au début. En fait, ils s’entendaient plutôt bien, au point de s’allier contre un ennemi commun au début des années 80.

À cette période, un groupe de guérilleros colombiens, nommé le M-19, décide de kidnapper certains proches des trafiquants de drogue du pays en échange de grosses rançons. Le cartel de Medellín étant visé, Pablo Escobar est obligé de s’en mêler. Pour cela, il organise une rencontre avec les guérilleros et les intimide suffisamment pour qu’ils abandonnent tout projet d’enlèvement. Le temps passe, puis la trêve avec Pablo se rompt. En fin de compte, le M-19 décide de reprendre du service et entreprend d’enlever un membre important du cartel de Medellín, qui arrive par miracle à s’enfuir.
La sœur des frères Ochoa, elle, ne peut pas en dire autant. Les guérilleros la kidnappent avec succès et demandent alors une rançon de 12 millions de dollars en échange de sa libération. Pablo Escobar et les frères Ochoa refusent de débourser un centime et une réunion de crise est organisée. Des centaines de trafiquants de tout le pays y participent, dont le cartel de Cali. À l’issue de la réunion, une armée privée est créée : le MAS, en français « Mort aux Ravisseurs ».
Ce groupe paramilitaire est financé par les cartels colombiens, mais pas que. Certaines entreprises américaines ainsi que des politiques colombiens et des riches propriétaires terriens vont s’unir avec les narcos pour protéger leurs intérêts économiques et lutter contre les enlèvements perpétrés par le M-19, qui, il faut le dire, a peut-être sous-estimé les cartels…
En effet, à la suite de cette alliance, des guérilleros du M-19 sont capturés et torturés dans le but d’obtenir des informations, des dizaines d’entre eux sont massacrés. Les cartels leur avaient fait plus de mal en quelque temps que le gouvernement colombien en plusieurs années.
Dès lors, le M-19 a présenté ses excuses à Pablo Escobar et aux frères Ochoa, avant de libérer les otages.

Tout ça pour dire que cette alliance entre narcos colombiens aura permis de nouer des liens forts entre les cartels, et notamment entre ceux de Cali et de Medellín, qui ont commencé à mettre en commun leurs ressources et à collaborer dans le trafic de drogue vers les États-Unis, où la demande était si forte qu’il y avait suffisamment d’espace pour que tous puissent coexister sans s’engager dans des guerres inutiles.
Et puis, pourquoi vouloir s’entre-tuer lorsque vous avez la CIA de votre côté ?
Oui, la CIA, vous avez bien lu…

Au début des années 80, le gouvernement américain était focalisé sur la lutte contre le trafic d’héroïne et de marijuana. Mais ils avaient également une autre priorité : empêcher la propagation du communisme.
Effectivement, la CIA ne voulait pas que la production de cocaïne tombe entre les mains des communistes d’Amérique centrale et du Sud. Alors, elle a proposé son aide aux narcotrafiquants. Ainsi, les cartels bénéficiaient de sa protection et en cadeau, ils recevaient un approvisionnement constant en armes américaines pour lutter contre les groupes paramilitaires communistes.

Cali et de Medellín travaillant avec la CIA, l’idée d’une guerre entre les 2 cartels était donc encore loin d’être imaginable.
Gilberto Rodriguez et Jorge Luis Ochoa, l’un des frères Ochoa du cartel de Medellín, étaient d’ailleurs de très bons amis à cette période. Les 2 étaient copropriétaires d’une banque panaméenne utilisée par tous les cartels pour blanchir l’argent, et il leur arrivait de rechercher ensemble des opportunités de trafic en Europe.
Tout ça pour dire qu’à ce moment-là, rien ne laissait présager un quelconque désaccord entre les 2 clans.
Sauf que ça, c’était avant que Pablo ne décide d’entrer en politique…

Les 4 parrains du cartel de Cali

Les quatre parrains du cartel de Cali.

Pablo Escobar

Photo de Pablo Escobar.

 

Guerre contre Pablo Escobar

Entrer en politique… Ouais, on peut dire que ça a été la plus grande erreur d’Escobar.
L’idée de contrôler un pays tout entier en s’impliquant directement dans la politique, ce n’était pas une mauvaise idée en soi pour Pablo. Disons qu’il a peut-être sous-estimé l’ampleur de la tâche et notamment, l’abnégation d’un homme qui a tout fait pour nuire à sa carrière politique lorsqu’il a été élu député en 1982 : le ministre de la Justice de l’époque, Rodrigo Lara Bonilla.

Dès son premier jour de présence au congrès colombien, Pablo est en effet confronté à ce dernier, qui l’accuse de mener des activités criminelles en le menaçant de la chose que les narcos craignaient le plus : l’extradition vers les États-Unis.
Quelques mois après, Luis Carlos Galán, le leader du Parti libéral auquel Pablo appartient, exclut le baron de la drogue, qui voit définitivement ses rêves de pouvoir s’évanouir.
En janvier 84, Pablo se retire par conséquent du monde politique et, 3 mois après, il décide d’assouvir sa vengeance en assassinant Lara Bonilla.
Le meurtre va alors grandement attirer l’attention de Washington et des médias.
La pression augmentant, Pablo est désormais la cible du gouvernement colombien qui signe ce que les narcotrafiquants redoutaient le plus : le traité d’extradition, ce qui voulait dire que toutes personnes impliquées dans le trafic de drogue vers les États-Unis, pouvait dorénavant être jugée et emprisonnée en Amérique.
Et ça, ça a été un véritable tournant dans la lutte contre les cartels de la drogue colombiens, dont celui de Cali qui n’a pas été épargné. Ce dernier voyait d’ailleurs d’un très mauvais œil les récents agissements de Pablo Escobar qui continuait lui sa quête de vengeance…

Pablo Escobar avait cette fois-ci décidé de s’attaquer à celui qui l’avait exclu de son parti politique à l’époque, le favori incontesté des élections colombiennes de 1990 – et aussi fervent défenseur de l’extradition –, Luis Carlos Galán.
Le 18 août 1989, les hommes d’Escobar vont l’assassiner en plein meeting.
Et le baron de la drogue ne s’arrête pas là, puisqu’à la fin de la même année, son choix se porte ensuite sur César Gaviria, le successeur de Galán. La tentative d’assassinat est pour le moins spectaculaire, les hommes de Pablo posent une bombe dans un avion qui explose en plein vol. Bilan : 107 victimes. Fort heureusement pour Gaviria, il avait raté l’avion ce jour-là. Ce n’était malheureusement pas le cas de 2 américains morts eux en plein vol. Il n’en faut pas plus pour le gouvernement américain pour intervenir directement sur place.

Avec toute l’attention médiatique portée sur Escobar et les trafiquants colombiens en général, le cartel de Cali veut se tenir à l’écart de tout ça. Surtout qu’Escobar ne cesse de solliciter l’aide économique et militaire des autres cartels pour continuer sa guerre contre l’État colombien. Beaucoup acceptent par peur, mais le cartel de Cali, lui, refuse d’aider de Pablo. Pour eux, la guerre contre le gouvernement doit être menée de manière judiciaire, et pas autrement.
Les Gentlemen de Cali veulent rester discrets et continuer à travailler dans l’ombre. L’argent, c’est au final tout ce qui les intéressaient.

En parlant d’argent, le cartel de Cali avait d’ailleurs une façon bien différente de le gérer. En effet, contrairement à Escobar qui enterrait son argent pour le stocker et perdait ainsi plusieurs millions de dollars à cause des dégâts des eaux et des rats, eux l’investissaient immédiatement dans des projets commerciaux.
L’immobilier en faisant partie, le résultat est que Cali connaît un véritable boom de l’immobilier, augmentant par la même occasion leur capital sympathie auprès de la population locale.
À cette période, le cartel de Cali a alors l’idée de légitimer sa grosse fortune pour pouvoir se retirer progressivement du trafic de drogue. Les 4 parrains savent qu’un jour ou l’autre leur empire risque de s’effondrer s’ils ne transfèrent pas leurs affaires dans la légalité. La récente attention portée sur les narcotrafiquants colombiens à cause d’Escobar les poussent donc à trouver une porte de sortie qui pourrait leur éviter pas mal d’ennuis avec la justice.
Mais voilà, il se trouve qu’un événement fera capoter tous leurs plans…
Pablo Escobar était en effet sur le point de déclencher une guerre qui fera trembler la Colombie tout entière.

Les tensions entre Cali et Medellín se sont intensifiées fin 1986 lors d’une réunion à laquelle tous les plus gros trafiquants colombiens étaient présents. Pablo Escobar les avaient convoqués pour leur parler d’un projet. Un projet consistant en la formation d’un super-cartel, qu’il dirigerait bien évidemment : plus d’argent et plus de pouvoir économique et politique étaient à la clé.
Pablo aurait alors le droit d’autoriser chaque expédition et serait de plus rémunéré à hauteur de 30 % pour chaque cargaison. Une proposition qui n’a évidemment pas été au goût de tout le monde, et notamment des parrains de Cali, clairement pas emballés par l’offre. Un manque d’enthousiasme qui va irriter Pablo, qui quittera la réunion en pestant contre eux et en les menaçant d’une possible guerre.
Les cartels de Cali et Medellín vont alors commencer à dénoncer les livraisons de cocaïne des uns et des autres à la DEA. Pablo entrera de plus dans une colère noire quand il s’apercevra que le cartel de Cali a déplacé son itinéraire de contrebande de la Floride vers le Mexique, formant dès lors une alliance avec le cartel de Guadalajara. Et puis il y a eu aussi le fait que les 2 cartels ont commencé à se livrer une concurrence plus agressive sur le marché new-yorkais de la cocaïne.
Mais ce qui a véritablement marqué le début de la guerre entre Cali et Medellín, c’est cet incident entre Pablo Escobar et Pacho Herrera à la fin de l’année 1987.

Le conflit prend racine à New York, où une dispute éclate entre 2 trafiquants de drogue au sujet d’une femme. L’un des trafiquants tue l’autre, et les amis du défunt ne souhaitent pas en rester là. Alliés de Pablo Escobar, ils contactent le chef du cartel de Medellín pour obtenir vengeance. Pablo accepte et jure que désormais, l’assassin est un homme mort.
Effrayé, le tueur se rend chez un ancien compagnon de prison avec qui il avait partagé une cellule aux États-Unis. Cet ancien compagnon de prison, ce n’était autre que Pacho Herrera, l’un des 4 parrains du cartel de Cali. Pacho, pour sauver les miches de son ami, a alors bloqué l’ordre d’exécution de Pablo Escobar qui a vu cela comme un affront à son pouvoir et à son autorité. L’insolence de Pacho était plus qu’un manque de respect pour Pablo, c’était une insulte personnelle, et elle se devait d’être vengée.
Escobar a par conséquent déclaré que si Pacho insistait pour intervenir, il sera assassiné à son tour.
À ce moment-là, les parrains de Cali se sont concertés et ont décidé de protéger Pacho. Dans le même temps, ils ont encouragé leurs amis de Medellín à dire à Pablo Escobar de se calmer.
Une mort dans le Queens ne pouvait pas justifier un tel bain de sang en Colombie dira Gilberto lors d’une conférence téléphonique avec Escobar. Mais ce dernier l’interrompt et déclare :

« Alors c’est la guerre… et je vais tuer chacun d’entre vous, fils de pute. »

Pour les Gentleman de Cali, il n’y avait plus de possibilités de faire machine arrière. La guerre contre Medellín était officiellement déclarée.
Face à cette nouvelle réalité, les frères Orejuela abandonnent donc leurs efforts pour légitimer leur empire et continuent dans l’activité très lucrative qu’est le trafic de drogue. Eh oui, pour combattre le cartel de Medellin et pouvoir vaincre un jour le redouté Pablo Escobar, ils auront besoin d’argent, beaucoup d’argent.

Des 2 cartels, c’est Cali qui frappera en premier. La cible : l’immeuble Monaco à Medellín, la résidence permanente de Pablo Escobar et de sa famille.
L’attaque est lancée le 13 janvier 1988. Ce matin-là, un des meilleurs assassins du cartel de Cali se gare sous l’immeuble de 8 étages avec une voiture chargée de dynamite. La famille d’Escobar, qui occupe un penthouse dans le bâtiment, dort tranquillement, lorsque la bombe explose à 5 h 30 du matin !
La détonation, qui se fait entendre dans un rayon de 3 km, brise les vitres de tout le quartier et laisse un cratère de trois mètres de profondeur dans la rue ! Deux gardiens de nuit sont tués, la fille d’Escobar de 4 ans elle perd l’ouïe d’une oreille de façon permanente, mais Pablo, lui, n’a rien. En fait, il n’était pas présent dans l’immeuble ce jour-là.

Pablo soupçonne alors le cartel de Cali d’être le responsable de cet attentat, soupçons qui seront confirmés lorsqu’il interrogera l’artificier à l’origine de la fabrication de la bombe.
La riposte ne se fait alors pas attendre. En représailles, Escobar lance une série d’attentats à la bombe contre une chaîne nationale de pharmacies appartenant à la famille Orejuela (pharmacies qui servaient de moyen pour blanchir une grande partie de leur argent). Des cibles faciles pour Pablo, mais les principales victimes sont malheureusement des clients ou des passants…

Et la guerre s’intensifie.

Cali envoie une équipe de 7 assassins pour traquer Escobar. Une semaine plus tard, ils reviennent tous dans des boîtes, découpés en morceaux… Medellín les avait, disons… réexpédiés à l’envoyeur.
À la fin de l’année 1988, une explosion dévaste 3 maisons dans un quartier chic de Cali. Miguel Rodriguez est visé. Heureusement pour lui, la bombe s’enclenche prématurément à environ 800 m de sa résidence, tuant les deux assassins qui en avaient la charge.

Pour trouver un moyen de tuer Pablo, les Gentlemen de Cali vont dès lors se tourner vers leur spécialiste de la contre-surveillance, Jorge Salcedo.

Jorge Salcedo était un mercenaire local qui avait été recruté par les frères Orejuela pour les protéger, eux et leur famille, des tueurs à gages d’Escobar.
Avant d’être enrôlé par le cartel, Salcedo se considérait davantage comme un homme d’affaires qu’autre chose, il ne voulait en aucun cas être mêlé aux affaires de trafic de drogue.
Désireux d’action et d’aventure, il se rendra quand même à la convocation des parrains pour connaître la raison pour laquelle ils voulaient l’engager.
L’entretien a lieu dans une des maisons de Pacho Herrera ; les Gentleman de Cali sont tous présents et entrent immédiatement dans le vif du sujet : ils expliquent à Salcedo qu’ils ont besoin d’aide pour leur sécurité personnelle.

– Pablo est un bandit… un criminel… un fou, déclare Chepe, qui continue : femmes, enfants, amis. Personne n’est à l’abri.

À cet instant, Jorge Salcedo est frappé par un contraste saisissant : malgré tout l’argent qu’ils possèdent, les 4 parrains présents dans la salle semblent terrifiés par Escobar. Salcedo répond à Chepe :

– Oui, je comprends. Escobar a tué mon ami Rodrigo Lara Bonilla, un homme remarquable.

L’ancien ministre de la Justice colombienne assassiné par Pablo était en effet un ancien camarade de classe de Salcedo qui, en prenant la parole, ressent une vive émotion. Il avait rarement parlé de l’assassinat de son ami, mais ici, en compagnie des ennemis d’Escobar, il redécouvre sa colère profonde. Avec les parrains de Cali, voilà qu’il partage maintenant un sentiment de haine envers celui qui a exécuté son ami d’enfance. Un point commun qui va à la fois surprendre et ravir Gilberto :

– C’est une terrible tragédie.

– C’était aussi stupide. Parfois, Pablo ignore ses propres intérêts. Il part en guerre et espère se faire des amis. C’est un imbécile. Un fou dangereux.

À ce moment-là, Jorge Salcedo ne sait toujours pas exactement ce que les barons de la drogue de Cali veulent de lui, jusqu’à ce que Miguel prenne la parole :

– Nous voulons la mort de Pablo Escobar.

– Et nous voulons que vous et votre commando britannique le tuiez, ajoute Gilberto, qui fait mention ici de mercenaires britanniques ayant déjà travaillé avec Salcedo lors d’une précédente mission.

Attirés en Colombie sous prétexte de lutte contre le communisme, à l’époque, ces mercenaires s’étaient retrouvés mêlés à une guerre de territoire pour des laboratoires de cocaïne. Ils étaient bien payés et leur chef, David Tomkins, était enthousiaste à l’idée de travailler davantage en Colombie. En février 1989, Tomkins reçoit alors un appel de Jorge Salcedo :

– Êtes-vous prêts à revenir pour une autre mission ?

– Oui, sous réserve de certaines conditions, lui répond Tomkins.

Quelques jours plus tard, Tomkins et ses hommes arrivent en Colombie. Leur mission est claire : tuer Pablo Escobar.
Les parrains de Cali leur donnent ainsi tout l’arsenal nécessaire pour mener à bien la mission. Tomkins et son groupe d’hommes ne manquent de rien, et l’idée de recevoir jusqu’à 3 millions de dollars en cas de succès les galvanisent plus que tout.

David Tomkins ne perd pas de temps, il part avec un petit avion survoler l’énorme propriété de Pablo Escobar de près de 3 000 hectares, l’Hacienda Nápoles.
Il fait un repérage des lieux et prend des photos de l’impressionnante demeure.
Là, il se rend compte à quel point il sera compliqué d’atteindre Pablo…
Avec ses hommes, il réfléchit à un plan et privilégie finalement un atterrissage en hélicoptère sur le court de tennis du chef du cartel de Medellín. La police n’ayant jamais été attaquée les fois où elle se rendait à l’Hacienda Nápoles, Tomkins et ses hommes décident donc de se faire passer pour des policiers. Un avantage tactique dont ils ne vont pas se priver. Pour cela, on leur fournit un hélicoptère Huey qu’ils peignent de sorte qu’on ait l’impression qu’il appartient aux autorités colombiennes.

Ainsi, pendant que les mercenaires britanniques répètent leurs gammes dans leur camp de base en faisant exploser des grenades et en tirant sur des ennemis imaginaires, les chefs du cartel de Cali, eux, s’activent pour trouver la localisation exacte d’Escobar.
Les mois passent, mais toujours aucune information ne filtre quant au lieu où se trouve Pablo.
Quand soudain, les mercenaires reçoivent un message codé en espagnol par le biais d’une radio : Pablo Escobar se trouve dans sa piscine à l’Hacienda Nápoles. Le feu vert est donné par Gilberto.
Mais le moment venu, Tomkins et ses hommes n’ont qu’un hélicoptère Huey sur les 2 de prévus, l’autre étant est en réparation au Brésil. Ce n’est pas ce qui était prévu, les mercenaires s’opposent donc à la mission pour des raisons de sécurité. Mais Gilberto s’en fiche, c’est peut-être la seule occasion qu’ils auront pour descendre Escobar.
Gilberto annonce de plus un autre changement de dernière minute : une fois que les mercenaires auront atterri et lancé l’attaque, un avion ira se poser de l’autre côté de l’hacienda avec plus d’une douzaine de tueurs à gages envoyés par Pacho, qui avait encore un compte à régler avec Pablo…

Ça y est, les hélicoptères chargés en explosifs et en munitions décollent, Tomkins et ses hommes se dirigent vers l’Hacienda Nápoles.
C’est l’heure de vérité pour les parrains de Cali qui suivent le déroulement de l’opération par le biais d’un transmetteur radio.

Le trajet, qui doit durer environ 3 heures, se déroule normalement, quand la pluie commence à s’abattre ! Un vent violent secoue les hommes d’un côté à l’autre. L’hélicoptère dans lequel se trouvent les mercenaires s’enfonce dans des nuages denses ce qui oblige le pilote à voler à l’aveuglette.

– Je suis en train de plonger ! s’exclame ce dernier.

 

L’hélicoptère où se trouvaient Tomkins et ses hommes s’écrase sur le flanc d’une montagne. Suite à l’accident, le pilote est tué, tandis que la plupart des mercenaires sont grièvement blessés.
L’opération visant à tuer Escobar est un échec. Le cartel de Cali devait revoir sa stratégie…
La bonne nouvelle cependant, c’est que Pablo n’était pas au courant du crash et de cette tentative d’assassinat.

De son côté, Escobar lui est de plus en plus traqué par les autorités colombiennes depuis le meurtre de Luis Carlos Galán. Le meurtre du politicien avait déclenche une vague d’opérations policières et militaires à l’échelle nationale contre les trafiquants de drogue présumés, 10 000 d’entre eux seront arrêtés. Le président colombien de l’époque accepte même l’aide du gouvernement américain qui fournit une aide financière et militaire ainsi que des renseignements cruciaux pour lutter contre les cartels.
Une répression qui est vécue par Pablo Escobar comme une attaque personnelle, sauf qu’elle ne touche pas que Medellín, mais tous les trafiquants du pays, y compris le cartel de Cali, qui verra plus de 80 de ses avions confisqués, réduisant considérablement et pendant plusieurs semaines ses opérations commerciales illégales.

Le groupe de commandos britanniques engagé par Cali, lui, se remet de l’accident d’hélicoptère. Entre-temps, la plupart des mercenaires ont abandonné le projet et sont rentrés chez eux. Certains ont même raconté l’histoire de leur périple colombien aux médias, rendant publique la tentative d’assassinat sur Pablo. Ce qui n’avait pas l’air de gêner les frères Orejuela, qui étaient même plutôt contents d’apprendre la nouvelle : cela devait être un message à Escobar pour qu’il comprenne que le cartel de Cali le traquait.
Seulement voilà : atteindre Pablo Escobar devient de plus en plus difficile. Pourchassé par les autorités, le parrain de Medellín vit dans la clandestinité et est constamment en fuite.
Toujours dans la poursuite de sa guerre contre l’État colombien, il devient alors incontrôlable.
Le 6 décembre 1989, il fait sauter avec un camion chargé d’une demi tonne d’explosifs le quartier général du DAS dans le centre de Bogota. Un bâtiment qui regroupait les services secrets colombiens, mais aussi le FBI et la CIA. Le bilan est lourd : 52 morts et un millier de blessés (le souffle de l’explosion brise des vitres à 7 kilomètres de l’épicentre).
Lors d’une réunion de sécurité hebdomadaire, Miguel s’inquiète :

– Comment cet homme peut-il être aussi fou ? 

Puis, le cartel de Medellín a décidé de s’en prendre à Pacho Herrera, la principale cible de Pablo Escobar après leur querelle qui avait mené à la guerre entre les 2 clans.

Nous sommes le 25 septembre 1990, Pacho joue tranquillement au football avec ses hommes lorsqu’un groupe de tueurs munis de fusils automatiques arrive et commence à arroser la foule. Là, les joueurs sur le terrain cessent de courir après le ballon, dorénavant ils courent pour sauver leur peau…
Par chance, Pacho réussit à temps à échapper à la tuerie qui fera une vingtaine de morts. Il promet alors ce jour-là de se venger ; vengeance qui sera mise à exécution lorsqu’il mettra la main sur l’un des hommes qui avait participé à la tuerie.
Transporté en hélicoptère dans le ranch de Pacho, le captif connaît là-bas un triste sort. Les hommes de Pacho lui attachent les jambes à l’arrière d’un véhicule et les bras à un autre. L’homme se fait cracher dessus et rouer de coups de pied. Puis, une fois solidement attaché, les moteurs se mettent à tourner et les véhicules s’éloignent lentement l’un de l’autre. Ses bras et ses jambes sont étirés jusqu’à ce qu’ils finissent par sortir de leur logement. L’homme urine et pousse un cri primitif semblable à celui d’un animal. Pendant une demi-heure, ce qui restait de lui a été rattaché aux véhicules, qui se déplaçaient lentement pour le torturer le plus longtemps possible, jusqu’à ce qu’il cesse de respirer.
Il était devenu évident que les Gentlemen de Cali, lorsqu’ils étaient provoqués, pouvaient se montrer aussi impitoyables que Pablo…

En 1991, Escobar accentue d’ailleurs sa pression sur le gouvernement en kidnappant des membres de l’élite colombienne. L’un des otages est une présentatrice de télévision célèbre et fille d’un ancien président. Sa famille craint alors que toute tentative de sauvetage ne soit fatale, il faut dire que les autorités étaient connues pour mitrailler tout le monde lors de ces raids. Les parents de la captive exhortent donc le président à ne rien faire. Mais le raid a quand même lieu, faisant périr la malheureuse otage.

Le cœur brisé, la mère rejette la faute, non seulement sur les trafiquants, mais aussi sur le président.
L’opinion publique est maintenant exaspérée par toutes ces violences… Ce qui met la pression sur le gouvernement, qui n’a pas d’autre choix que de trouver un accord avec Pablo pour que tout cela cesse.
Avec l’aide d’un ancien télévangéliste, Pablo négocie ainsi un accord pour se rendre au gouvernement. Reddition cependant possible à une condition : l’abandon du traité d’extradition. L’accord conclu, Pablo s’est donc rendu. On l’avait autorisé à purger sa peine dans une prison appelée La Catedral, prison qu’il s’était construite lui-même…
Le gouvernement colombien était tellement désireux de mettre Escobar en prison qu’il a permis à l’homme le plus recherché du monde de dicter pratiquement tous les aspects de son incarcération.
Personne n’avait accès à La Catedral, sauf les personnes autorisées par Pablo. Et aucun avion – pas même les hélicoptères de la police – ne pouvait pénétrer dans l’espace aérien de la prison sans son autorisation.
Une véritable forteresse qui allait radicalement compliquer la tâche aux parrains de Cali dans leur quête d’atteindre Escobar.

Jorge Salcedo est ainsi convoqué à une réunion à laquelle participent 2 des parrains de Cali, Pacho et Miguel :

– Prendre d’assaut une prison du gouvernement ? Salcedo n’y croit pas, les parrains veulent faire revenir le commando britannique pour s’attaquer à un établissement gouvernemental.

Pacho lui répond :

– Non, nous allons bombarder La Catedral et frapper la cellule de Pablo.

– Quoi ? Depuis les airs ? s’enquiert Jorge Salcedo.

Les 2 parrains sont tellement excités qu’ils ne remarquent pas le manque d’enthousiasme de Salcedo qui est abasourdi par ce qu’il vient d’entendre.

– Mais c’est une très mauvaise idée ! dit-il.

Contraint de s’atteler à la tâche, Salcedo se rend alors au Salvador pour négocier le prix de quatre bombes Mk-82. Le cartel de Cali a un contact là-bas, un général de l’armée salvadorienne, qui leur vend les bombes pour près d’un demi-million de dollars.
Le deal au marché noir bouclé, il ne restait plus qu’à les envoyer en Colombie. Mais lors du transfert, rien ne se passe comme prévu. Les autorités locales découvrent certaines des bombes avant même que l’avion ne décolle. Salcedo arrive miraculeusement à s’échapper, mais l’opération est un fiasco total. Certaines des personnes impliquées dans l’opération sont arrêtées et balancent aux autorités le complot visant à tuer Escobar.
La nouvelle est alors relayée par les médias étrangers qui annoncent la découverte de la bombe, mettant un terme définitif au projet d’attentat aérien des parrains de Cali, qui n’ont cependant pas encore dit leur dernier mot.

Un nouveau plan d’action est bientôt mis en place, cette fois-ci avec l’aide d’un allié inattendu. Un allié souhaitant autant qu’eux la mort d’Escobar : le gouvernement colombien.

Jorge Salcedo

Le chef de la sécurité du cartel de Cali, Jorge Salcedo.

David Tomkins

David Tomkins, l’un des mercenaires britanniques ayant participé à la mission d’assassinat de Pablo Escobar.

 

Aujourd’hui ami, demain ennemi

« Les ennemis de mes ennemis sont mes amis ».

Ce vieil adage n’a jamais été aussi vrai lorsque le cartel de Cali a décidé de s’associer avec le gouvernement pour faire tomber Pablo.

Tout a commencé lorsque le cartel de Cali a travaillé avec un groupe de travail colombien d’enquêteurs appelé le Bloque de Búsqueda , ou « Bloc de recherche » en français. La seule et unique mission de ce bloc était la capture d’Escobar. Avec son incroyable réseau de renseignement, comparable à celui du KGB durant la guerre froide, le cartel de Cali l’a alors aidé en lui fournissant des informations plus que précieuses sur le parrain de Medellín, qui était lui de plus en plus sur le reculoir.
À ce moment-là, la guerre évoluait en faveur du cartel de Cali, qui prenait le contrôle sur le plan commercial, en s’emparant notamment de plusieurs routes de trafic vers les États-Unis autrefois contrôlées par Medellín ou partagées avec lui. Ses profits et ses parts de marché ont par conséquent grimpé en flèche.

Pablo, de son côté, perdait progressivement l’emprise sur son empire criminel. La cause : des désaccords internes. Certains alliés de confiance sont en effet accusés d’avoir profité financièrement de son emprisonnement. Certains ont été tués. D’autres se sont retournés contre lui, Escobar devenant de plus en plus paranoïaque et complètement irrationnel. La nouvelle du complot de Cali visant à faire exploser La Catedral avait exacerbé les tensions au sein du cercle proche d’Escobar et pire : des rumeurs selon lesquelles il pourrait être transféré dans une prison plus restrictive ont commencé à circuler.
Pour Pablo, c’était le moment de s’échapper et de disparaître dans la jungle.

Sentant son ennemi vulnérable, le cartel de Cali va dès lors tout faire pour asséner le coup de grâce en formant un groupe d’auto-défense que Gilberto baptisera « Los Pepes », acronyme espagnol que l’on pourrait traduire par « Les Personnes Persécutées par Pablo Escobar ». Los Pepes était financé par le cartel de Cali, mais pas uniquement. Sont également impliqués les frères Castaño (de violents paramilitaires colombiens qui détestaient Escobar) et… la CIA.
Parmi les leaders de ce groupe d’auto-défense figuraient aussi d’anciens alliés de Pablo qui avaient occupé des postes importants au sein du cartel de Medellín, et qui connaissaient bon nombre de ses cachettes. En plus de ça, Los Pepes a également eu le soutien de nombreux policiers et militaires ayant perdu des collègues ou des membres de leur famille à cause de Pablo.
Bref, avec une alliance pareille, on pouvait dire que les jours d’Escobar étaient comptés.

En 1993, son empire est d’ailleurs de plus en plus affaibli. Plusieurs de ses hommes sont tués au combat. Le baron de la drogue est désormais caché, quelque part dans Medellín. Il ne lui reste qu’un seul et dernier fidèle garde du corps pour le protéger de Los Pepes et du Bloc de recherche, lancés à ses trousses.
Le 2 décembre 1993, à trois heures de l’après-midi, il passe un coup de téléphone à sa famille. La conversation ne dure que quelques minutes, suffisamment assez pour que les autorités puissent tracer l’appel.
Il ne faut pas longtemps pour qu’un groupe d’hommes lourdement armés débarque et sécurise le périmètre autour de sa cachette. Escobar tente de s’enfuir par le toit, mais les policiers qui le poursuivent ouvrent le feu !

– Viva Colombia, nous venons de tuer Pablo Escobar !

Cali pouvait enfin souffler.

Pablo Escobar mort

Pablo Escobar mort suite au raid.

 

Pour célébrer la mort d’Escobar et la fin de la guerre contre le cartel de Medellín, les frères Orejuela organisent une énorme fête à Cali. Le cartel contrôle à présent 90 % du trafic de cocaïne en Colombie, ce qui représente des milliards et des milliards de dollars par an. C’est simple : à cette période, on ne trouvait pas de plus grands barons de la drogue qu’eux dans le monde.
En plus de ça, leur rôle dans l’élimination de Pablo Escobar a suscité la sympathie du peuple colombien et du gouvernement, exténués par tous ces attentats et ces assassinats que leur pays avait subis. Et pour profiter de cet élan de sympathie, les parrains de Cali se sont donc dit que c’était peut-être le bon moment d’entamer des négociations de reddition avec le procureur général.
Ils avaient une proposition d’amnistie, qui était la suivante : ils abandonneraient tout leur trafic de cocaïne et purgerait leur peine si le procureur général leur garantissait l’abandon de toutes poursuites judiciaires (Pablo Escobar mort, les parrains de Cali ne craignaient plus d’être assassinés en prison par les tueurs à gages de Medellín). Ainsi, le gouvernement ne leur imposerait que des peines de prison symboliques, ce qui leur permettrait de conserver leurs richesses, leurs propriétés et leurs business légaux.
Une belle porte de sortie en soi, sauf que les négociations ne vont pas se passer comme espéré. Le procureur général se montre intraitable, frustrant Miguel, qui sortira mécontent lors d’une de leurs réunions :
– Comment veux-tu soudoyer un homme qui conduit une vieille Volkswagen ? pestera-t-il.

En réalité, toutes les négociations entreprises par les parrains de Cali avaient pour but d’éviter que les États-Unis se mettent à leurs trousses, maintenant que Pablo était mort. Mais… du côté de Washington, la décision semblait déjà prise…
La guerre froide est terminée. Saddam Hussein a été chassé du Koweït. Noriega est en prison et Pablo Escobar n’est plus de ce monde. Il ne faut pas réfléchir longtemps pour savoir que le cartel de Cali allait dorénavant constituer la cible principale des Américains.

Les États-Unis vont ainsi commencer à faire pression sur le gouvernement colombien pour traquer les frères Orejuela et leurs complices. Washington veut en effet immédiatement s’attaquer aux parrains de Cali, ne serait-ce que pour empêcher un accord entre le cartel et le procureur général colombien qui aurait pu gracier les barons de la drogue.
Dès lors, en mars 1994, le Bloc de recherche, qui était initialement basé à Medellin pour traquer Escobar, transfère son quartier général à Cali. Sa nouvelle mission : trouver et arrêter les 4 parrains du cartel.

Face à la pression accrue des autorités, les chefs de Cali ont donc eu besoin d’une stratégie qui les rende intouchables. Qu’ont-ils fait alors ? Eh bien, ils ont acheté la présidence du pays en mettant au pouvoir, lors des élections de 1994, le candidat du parti libéral Ernesto Samper.
Les Gentlemen de Cali ont financé sa campagne à hauteur de 6 millions de dollars, permettant à Samper de devenir le président de la République colombienne.

– Nous l’avons fait ! Nous avons acheté un président !triomphera Miguel en tapant sur son bureau après l’annonce de la victoire.

Ils étaient fous de joie, pensant qu’à présent toutes les enquêtes portant sur leurs activités illégales seront abandonnées.

Après la victoire de Samper, la DEA elle est dégoutée. Elle ne veut pas en rester là et décide de riposter en tentant de renverser le nouveau président. L’idée est de remplacer Samper par une personne plus dévouée à la guerre contre la drogue.
La DEA passe alors à l’action et divulgue une série d’enregistrements téléphoniques dans lesquels on entend notamment les parrains de Cali discuter d’un versement de 2 millions de dollars au profit de la campagne présidentielle d’Ernesto Samper.
Ainsi, du jour au lendemain, le triomphe politique du cartel se transforme en scandale national. Mis au courant de cette histoire, Washington menace dès lors de suspendre son aide financière au gouvernement colombien.
Les parrains de Cali tentent bien de nier toute contribution par le biais d’une lettre, mais le mal est fait. La pression de la DEA sur Samper se fait tout de suite sentir et le chef d’État colombien, pour restaurer sa crédibilité et s’accrocher à la présidence, s’engage à poursuivre les chefs de Cali, dans de biens mauvais draps à présent…

Les parrains de Cali sont attaqués sur tous les fronts, la chute semblait plus proche que jamais…
La bonne réputation qu’ils avaient gagnée en travaillant avec la CIA et Los Pepes pour tuer Pablo Escobar n’est plus que de l’histoire ancienne. Washington et Bogota n’ont plus qu’une idée en tête : démanteler le cartel.

Pour les coincer, la police colombienne se verra ainsi accorder de nombreux mandats. Suite à cela, des raids sont lancés contre le cartel. Des récompenses de plus d’un million de dollars sont offertes pour toute information permettant de capturer les parrains. Bref, la machine est lancée.

Le 9 juin 1995, la police colombienne et la DEA encerclent une résidence secrète où se cache Gilberto.

Pendant près d’une heure, ils vont le chercher. Ils fouillent toutes les pièces sans relâche, jusqu’à ce que l’un d’entre eux découvre une cachette :

– Ne tirez pas, je suis un homme de paix, dira le parrain.

Ça en faisait un, plus que 3.

Le président Samper se félicitera de l’arrestation de Gilberto en louant son administration pour avoir lutté efficacement contre le cartel de la drogue. Avec un verre de champagne, il portera un toast à cet important succès, ce qui ne manquera pas de mettre Miguel en rogne, qui jugera indigne la façon de Samper de montrer sa gratitude pour les 6 millions de dollars reçus pour sa campagne :

– Maudit soit ce fils de pute.

L’arrestation de Gilberto marquait le début de la fin du cartel de Cali.
D’autant plus que Jorge Salcedo, le responsable de la sécurité du cartel, change de camp un mois après. Comprenant que le bateau est en train de couler, il va en effet rencontrer 2 agents de la DEA pour mettre au point un plan pour capturer Miguel et ainsi, négocier une porte de sortie grâce au programme fédéral de protection des témoins.

Entre-temps, Chepe, qui avait une prime de 625 000 dollars du gouvernement sur sa tête, est arrêté dans un restaurant à Bogota.

Puis c’est au tour de Miguel de se faire coincer, et ce, grâce à Jorge Salcedo, qui livrera des informations précieuses à la DEA pour sa capture.

– Qui m’a trouvé ? Comment ont-ils fait ? dira Miguel après s’être fait débusquer.

Il ne restait finalement plus que Pacho Herrera, le dernier des parrains à avoir le rejoint cartel, et le dernier à se faire prendre. Contrairement aux 3 autres, Pacho, lui, s’est rendu. Interrogé par la DEA, il s’est montré plutôt cordial et a fini par coopérer pour obtenir une clémence en fournissant des informations sur 35 membres du cartel, dont certains membres de sa propre famille.

Et voilà comment s’est terminée l’histoire du cartel de Cali.

Arrestation de Gilberto Orejuela

Arrestation de Gilberto Rodriguez Orejuela.

Arrestation Miguel Orejuela

Photo de Miguel Rodriguez Orejuela arrêté.

Arrestation de Chepe

Chepe lors de son arrestation.

 

Épilogue

*Voir l’épilogue de cette histoire dans la vidéo ci-dessous* 👇

Vidéo sur l’histoire du cartel de Cali

Sources

https://www.goodreads.com/book/show/35479569-the-cali-cartel
https://www.goodreads.com/book/show/10301203-at-the-devil-s-table
https://www.goodreads.com/book/show/61333884-son-of-the-cali-cartel
https://en.wikipedia.org/wiki/Cali_Cartelhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Cartel_de_Cali
https://www.lepoint.fr/culture/le-roi-de-la-drogue-est-mort-vive-narcos-et-le-cartel-de-cali-07-09-2017-2155175_3.php
https://en.wikipedia.org/wiki/Am%C3%A9rica_de_Cali
https://historica.fandom.com/wiki/Kidnapping_of_Martha_Ochoa
https://en.wikipedia.org/wiki/Muerte_a_Secuestradores
https://en.wikipedia.org/wiki/Pablo_Escobar
https://fr.wikipedia.org/wiki/Los_Pepes
https://en.wikipedia.org/wiki/Gilberto_Rodr%C3%ADguez_Orejuela
https://www.lemonde.fr/international/article/2022/06/02/mort-de-l-ancien-chef-colombien-du-cartel-de-cali-dans-une-prison-aux-etats-unis_6128565_3210.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Jorge_Salcedo_Cabrera
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillermo_Pallomari

 

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