Gang Yakuza

L’Histoire du Yakuza et de la Mafia Japonaise

Sommaire

Aussi mystérieux que redoutables, les yakuzas sont considérés comme l’une des plus grandes organisations criminelles au monde.

Bien que l’histoire du yakuza soit riche et complexe, pour beaucoup de gens, elle se résume aux tatouages et aux doigts amputés.
C’est d’ailleurs ce qu’ont découvert les autorités américaines à la fin des années 1960, lorsqu’elles ont été confrontées pour la première fois à ces malfrats.
C’était à Honolulu, la capitale hawaïenne.
Là-bas, les agents fédéraux américains ont constaté l’émergence d’un nouveau type de criminels couverts de tatouages et, pour certains, amputés de doigt(s).
Ils ne connaissaient ni le fonctionnement interne de cette bande organisée, ni la façon dont elle gérait ses affaires.
Tout ce qu’ils savaient, c’était que cette nouvelle mafia était immense, aussi bien par l’ampleur de ses activités que par la taille de ses effectifs.

Pour l’époque, c’était du jamais vu et cela n’a pas tardé, vous vous imaginez bien, à inquiéter les autorités américaines.
Rendez-vous compte, dans les années 60 aux États-Unis, on comptait environ 20 000 membres dans les différentes organisations mafieuses américaines, alors qu’à la même époque, le Japon comptait environ 180 000 yakuzas !
Impressionnant, n’est-ce pas ? Surtout pour un pays deux fois plus petit en nombre d’habitants.

Il n’a donc pas fallu longtemps avant que les États-Unis tirent la sonnette d’alarme.
Ils avaient en face d’eux une véritable puissance criminelle qui contrôlait des activités aussi nombreuses que variées, telles que les jeux d’argent, le trafic de drogue, la vente d’armes ou encore le trafic d’êtres humains.

Vous vous demandez sans doute ce qu’on fait les autorités américaines pour lutter contre cette bande criminelle ?
Eh bien, elles ont essayé de se renseigner sur les yakuzas auprès de la police japonaise.
Malheureusement, celle-ci s’est montrée peu encline à leur livrer des informations.
Est-ce que c’étaient les vieilles rancunes d’après-guerre qui pesaient encore dans la balance ? On pourrait le penser, mais en réalité, la raison était plus évidente et bien différente.
En fait, les yakuzas et la police nipponne ont longtemps coopéré ensemble.
En effet, contrairement à la mafia américaine, les yakuzas étaient acceptés dans la société, et bon nombre de chefs de familles avaient des liens étroits avec les services de police.
Certains gangs yakuzas n’hésitaient d’ailleurs pas à mettre en évidence l’emblème de leur syndicat sur la porte d’entrée de leurs locaux.
Ouais, cela paraît un peu dingue ! C’est comme si la mafia américaine indiquait ses repaires par des panneaux : « Quartier général de la Mafia ».

Mais croyez-le, vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

Certains yakuzas organisaient même des conférences de presse après certaines fusillades ou guerres de gangs, pour évoquer la mort d’un civil touché durant un affrontement, ou bien pour annoncer la fin d’une rivalité.

Je pense que vous l’avez compris, les yakuzas ne sont pas des gangsters comme les autres.
Faisons donc un retour sur l’Histoire de cette organisation.

L’origine du yakuza

L’origine des yakuzas est plutôt incertaine… Il n’existe pas de consensus historique à ce sujet.
En réalité, 4 théories s’opposent quant à la naissance des yakuzas.
Pour cela, il faut retourner à la fin du Japon féodal, entre le XVIIe et XIXe siècle.

La première est celle des « kabuki-mono », un terme que l’on pourrait traduire de manière assez grossière par « les fous » en français.
L’origine des kabuki-mono est assez mystérieuse. On dit qu’ils sont les descendants des « rônins », des samouraïs déchus durant la période féodale.
Les kabuki-mono étaient connus pour leur excentricité vestimentaire et capillaire.
Ils étaient considérés comme des voyous, des brigands, des marginaux, que personne ne voulait fréquenter.
Toujours équipés d’une lame ou d’un katana, ils semaient la terreur auprès des citoyens sans défense en commettant crimes et méfaits.
Apparemment, les plus cruels d’entre eux pouvaient tuer des innocents simplement pour tester une nouvelle technique de combat, ou pour vérifier que leur arme était bien aiguisée.
Leur bande était composée de guerriers samouraïs excentriques au service du dirigeant militaire japonais, le Shogun. Une loyauté indéfectible qui les différenciait des autres groupes criminels.
Ils se protégeaient les uns les autres et formaient un véritable clan.

La probabilité que les yakuzas soient les dignes héritiers des kabuki-mono est assez forte. Pourtant, ces derniers revendiquent une autre paternité.

Illustration d'un kabuki-mono, une des origines du yakuza

Illustration d’un kabuki-mono durant le Japon féodal.

 

En effet, la plupart des yakuzas se considèrent comme des « machi-yokko », ou « serviteurs de la ville », leur deuxième origine potentielle.
Si vous prêtez attention au discours des yakuzas, vous remarquerez qu’ils se décrivent généralement comme les ennemis des kabuki-mono, ces samouraïs sanguinaires qui, à l’époque féodale, rackettaient, volaient et tuaient les honnêtes gens.
En revendiquant leur appartenance aux machi-yokko, ils se considèrent donc comme les défenseurs des opprimés et les protecteurs du petit peuple.

Sauf qu’il y a un petit problème : un lien direct entre les yakuzas et les machi-yokko est, disons, difficile à établir

Il reste alors deux autres hypothèses qui peuvent expliquer l’apparition des yakuzas : l’origine bakuto et l’origine tekiya.

Commençons par les bakuto : des joueurs itinérants qui avaient pour habitude d’organiser des parties de jeux d’argent dans les bars clandestins du Japon féodal.
Certains affirment alors que l’origine du mot « yakuza » provient de ce groupe d’individus.

C’est en effet entre le XVIIe et le XIXe siècle que les bakuto ont commencé à utiliser ce mot.
Le terme désignant le pire score que l’on puisse obtenir au jeu de cartes japonais « Oicho-Kabu ».
Le principe de ce jeu de cartes est simple :

  • Trois cartes sont distribuées à chaque joueur.
  • À la fin d’une partie, les valeurs des cartes sont additionnées et la somme représente le score du joueur.
  • Le but du jeu est de s’approcher le plus possible du chiffre 9.
  • Si vous avez le malheur d’avoir une combinaison dont la somme est égale à 20, alors vous avez la plus mauvaise pioche du jeu.
  • Cette dite combinaison est obtenue en piochant les cartes « 8-9-3 », se prononçant respectivement en japonais :  – ya (qui vient de « yattsu » et qui signifie 8) – ku (qui veut dire 9) et – za (une déformation de « san » qui veut dire 3).

Dès lors, l’expression prit un autre sens dans la bouches des bakuto, qui s’en sont servis pour désigner les choses inutiles. Puis elle a été employée pour désigner les joueurs eux-mêmes, et notamment les perdants.

Les tekiya étaient, eux, spécialisés dans les arnaques.
C’étaient des marchands ambulants, organisés en guilde, qui rackettaient les habitants et les voyageurs ayant le malheur de les approcher d’un peu trop près.
Le groupe des tekiya était connu pour sa hiérarchie stricte, une hiérarchie qui ressemble d’ailleurs beaucoup à celle des yakuzas modernes.

Bakuto comme tekiya étaient ainsi issus des milieux pauvres du Japon féodal, là où sévissait la délinquance.
On estime d’ailleurs pouvoir retracer la généalogie des yakuzas au travers de ces deux groupes. Mais comme il est dit plus haut, on n’en sait trop rien pour le moment, puisque l’origine des yakuzas demeure assez trouble.

Durant la période féodale japonaise, les yakuzas ont donc commencé à s’organiser en familles (à l’instar de la mafia italienne) avec un parrain au sommet et des membres, intégrés au fur et à mesure dans le clan.
Ce qui les différencie toutefois de la mafia, c’est cette relation unique qu’ils ont ajouté à leur structure et connue sous le nom « d’oyabun-kobun » (une relation intrinsèquement liée à la culture nipponne).
L’« oyabun » étant le parent, le chef, et le « kobun », l’enfant, le protégé.
Celle-ci fonctionne selon le schéma suivant : l’oyabun donne des conseils, offre une protection ainsi que de l’aide, et reçoit en retour la loyauté et le soutien indéfectible de son kobun.

La relation oyabun-kobun chez les yakuzas

Image d’illustration de la relation oyabun-kobun chez les yakuzas.

 

Dans la société Japonaise du XVIIIe siècle, le système oyabun-kobun a souvent servi de base aux relations entre le professeur et l’apprenti, entre le seigneur et le vassal ou, dans la pègre naissante, entre le patron et l’homme de main.
Au sein des premiers gangs de yakuzas, cette relation se caractérisait parfois par une dévotion fanatique du kobun envers son oyabun.
Ce qui n’est pas le cas par exemple chez les groupes criminels américains, les petits caïds n’hésitant pas à poignarder les gros bonnets dans le dos pour les détrôner.

Pour vous dire, la dévotion du kobun à l’oyabun était telle qu’il était tenu de se mettre en première ligne face aux fusils et aux épées du camp ennemi pour le garder en vie, et ce, au péril de sa vie.
Si l’oyabun commettait un crime, le kobun était également tenu de prendre la condamnation et d’aller en prison à sa place.
Aujourd’hui, même si les choses ont évolué, il reste ce vieil adage, toujours aussi populaire parmi les yakuzas : « Si le patron dit qu’un corbeau qui passe est blanc, tu dois être d’accord ».

Cependant, pour le modeste kobun, l’ascension dans les rangs des yakuzas pouvait être une tâche ardue.
Il se voyait généralement confier des corvées telles que le polissage des dés, le nettoyage de la maison de l’oyabun, les courses ou même la garde d’enfants.

Nous l’avons donc vu, l’origine des yakuzas reste incertaine ; néanmoins, un fait vérifiable leur colle littéralement à la peau : le tatouage.
Vous vous demandez sans doute pourquoi cette pratique était et est toujours aussi répandue chez les mafieux japonais ?
Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser à son origine.

En fait, à l’époque, le tatouage yakuza était une punition utilisée par les autorités japonaises pour mettre les hors-la-loi au ban de la société.
Pour chaque délit commis, un anneau noir était tatoué autour du bras du voyou, ce qui permettait de distinguer les criminels des honnêtes gens d’un simple coup d’œil.

Il existe cependant une tradition plus noble du tatouage.
Ses remarquables motifs, considérés par beaucoup comme les plus beaux du monde, remontent à des centaines d’années, déjà vers le troisième siècle.
Au fil des ans, les motifs sont ainsi devenus de plus en plus complexes, mêlant un éventail saisissant de dieux célèbres, de héros populaires, d’animaux et de fleurs.
Dès lors, à la fin du XVIIe siècle, le tatouage complexe sur tout le corps devient populaire, notamment auprès des joueurs, les bakuto.
À l’époque, le processus du tatouage était long et particulièrement douloureux. L’encre était insérée sous la peau à l’aide d’outils – non électriques, comme vous vous en doutez.
Dites-vous qu’un tatouage complet du dos, allant de la nuque au coccyx, pouvait prendre près de 100 heures !
Cette complexité, ainsi que cette façon de tatouer, très douloureuse, en faisait donc quelque chose d’unique.
Pas étonnant que ces tatouages soient devenus populaires auprès des yakuzas, qui voyaient en ces symboles indélébiles un moyen de se différencier et de prouver leur appartenance.
En outre, ils étaient perçu comme une épreuve de force, qui démontraient par là leur courage, leur robustesse et leur virilité.

Mais le tatouage avait un autre but, plus humble et plus métaphorique.
Cette blessure auto-infligée représentait l’inadaptation à la société. C’était un moyen visuel pour le yakuza d’exprimer sa marginalité.
Aujourd’hui, on estime que 68 % des yakuzas portent un tatouage. Et bien que beaucoup aient à présent recours à des procédés de tatouage plus modernes, certains continuent à se faire tatouer selon la méthode ancestrale, ce qui leur confère alors un plus grand respect au sein de la mafia japonaise.

D’ailleurs, pour la petite anecdote, le tatouage est de nos jours si étroitement associée aux yakuzas que les saunas et les bains publics japonais, désireux de protéger leur clientèle, accrochent des panneaux indiquant “Interdit aux personnes tatouées”.

Un tatouage yakuza ancienTatouage yakuza d’un potentiel bakuto.
Panneau indiquant tatouage yakuza interdit dans un sauna au Japon

Panneau d’un sauna japonais indiquant l’interdiction du tatouage.

 

Si les yakuzas sont reconnaissables à leurs tatouages, ils le sont aussi pour une pratique bien plus marquante : l’amputation des doigts !
Pour comprendre cela, il faut tout d’abord s’intéresser à l’origine des différentes règles qui régissent les yakuzas et de la cérémonie initiatique qui accompagne l’entrée des nouveaux membres dans l’organisation.

Pour les bakuto et les tekiya, la cérémonie d’acceptation commençait par un échange formel de tasses de saké, symbolisant le lien du sang.
Ce rituel représentait non seulement l’entrée dans les rangs du nouveau venu, mais aussi le début de la relation oyabun-kobun.
La cérémonie revêtait d’ailleurs une signification religieuse, car elle se déroulait généralement devant un sanctuaire consacré au shinto, l’une des religions les plus pratiquées au Japon.

Une cérémonie officielle entre oyabun et kobun se déroule comme suit :
« Un jour propice est choisi et tous les membres de l’organisation y assistent.
Du riz, du poisson et du sel sont placés dans l’alcôve du sanctuaire shinto, devant laquelle l’oyabun et le kobun sont assis, face à face.
Des membres jouant le rôle d’intermédiaires servent ainsi les poissons de façon cérémoniale et remplissent les verres de saké, symbolisant le lien du sang, en ajoutant des écailles de poisson et du sel.
Ils se tournent alors solennellement vers le kobun et l’avertissent de ses futurs devoirs :
“Ayant bu dans la coupe de l’oyabun et lui dans la vôtre, vous devez maintenant être loyal envers la famille et dévoué à votre oyabun. Même si votre femme et vos enfants meurent de faim, même au prix de votre vie, votre devoir est maintenant envers la famille et l’oyabun”. »

En plus de ce rite initiatique, les tekiya et les bakuto ont aussi développé un ensemble de règles comprenant le respect du secret et l’obéissance la plus stricte au système oyabun-kobun.
Jusqu’à aujourd’hui, les yakuzas ont été tenus de respecter ce code d’honneur inspiré du code de chevalerie japonaise, dans lequel il est dit que :

  • Il ne faut pas s’en prendre aux citoyens innocents ;
  • Ne pas voler la femme de son ami ;
  • Ne pas voler le clan ;
  • Jamais se droguer ;
  • Respecter et obéir au chef du clan ;
  • Être prêt à sacrifier sa vie et sa liberté pour le chef ;
  • Ne parler à personne du clan ;
  • Ne pas révéler les secrets de l’organisation à la police ;
  • Et ne pas tuer de civils.

Et si le kobun avait le malheur d’enfreindre une de ces règles, il pouvait être sévèrement puni.
La lâcheté, la désobéissance et la divulgation des secrets étaient en effet perçues, non seulement comme des actes de trahison, mais aussi comme des affronts à la réputation et à l’honneur du clan.
Hormis la mort, la punition la plus lourde était l’expulsion des rangs.
Lorsqu’il y avait bannissement, l’oyabun notifiait alors aux autres clans que le membre n’était plus le bienvenu dans son groupe ; de la sorte, un accord commun était passé et le paria ne pouvait plus rejoindre aucune autre bande (une tradition qui se poursuit encore aujourd’hui dans les gangs yakuzas).

Pour ce qui est des infractions graves ne méritant ni la mort ni l’expulsion, il y avait le « yubitsume », une coutume introduite par les bakuto qui consiste à couper cérémonieusement l’articulation supérieure de l’auriculaire.
On y vient enfin.
L’amputation des doigts aurait eu pour vocation première à affaiblir la main de la victime, afin que celle-ci ne puisse plus saisir son épée fermement. Cette pratique permettait alors de rendre le kobun encore plus dépendant de la protection de son oyabun.
Lorsque le kobun devait être amputé pour se repentir, la phalange sectionnée était enveloppée dans un tissu fin et remise solennellement à l’oyabun, qui l’acceptait la plupart du temps.
Et lorsqu’il y avait récidive, une autre amputation pouvait être pratiquée au niveau de la deuxième articulation du même doigt, ou de l’articulation supérieure d’un autre doigt.
Le yubitsume était généralement un avertissement avant l’expulsion définitive du membre concerné.
Une pratique qui s’est ensuite étendue aux tekiya et aux autres groupes criminels.

Mais… Outre ces faits marquants, les bakuto et les tekiya se sont également fait connaître pour leur relation très étroite avec les forces de l’ordre. Ils ont en effet été les premiers criminels japonais capables de coopérer avec les autorités.
Une coopération qui leur a permis de consolider et d’étendre leur influence.
Ce fut alors le début d’une corruption politique qui allait s’étendre jusqu’aux plus hautes sphères du gouvernement japonais…

Illustration montrant l'amputation du doigt chez le yakuza

Image d’illustration montrant la coutume yakuza du “yubitsume”.

Les yakuzas de l’époque Meiji à 1945

Sous le règne de l’empereur Meiji, à partir de 1868, les Japonais accomplissent leur premier miracle économique, brisant les derniers liens du féodalisme et transformant rapidement leur pays en une puissance industrielle.
Une prospérité économique qui permettra aux yakuzas d’étendre leurs activités bien davantage.
C’est à la fin du XIXe siècle que certaines organisations yakuzas ont d’ailleurs commencé à verser des pots-de-vin à la police. Une habitude qui se conservera très longtemps au sein de l’organisation criminelle…

En effet, dans ce nouveau Japon, plus industriel, les yakuzas n’ont pas eu le choix : ils ont dû se moderniser.
Et pour cela, ils se sont dit qu’il leur fallait mettre un pied en politique.
Une tâche pas si évidente que ça, me direz-vous.
Eh bien en fait, pas vraiment, puisque gangsters et politiciens avaient un point commun : leur profond attachement au conservatisme et au nationalisme.

Un homme symbolisait alors parfaitement cette union entre yakuzas et politiciens : Mitsuru Toyama.
Un ultranationaliste qui, dès son plus jeune âge, idolâtrait la tradition des samouraïs.
Il s’est lancé en politique au début de la vingtaine en prenant part à l’un des derniers soulèvements samouraï contre le pouvoir Meiji, un coup d’État manqué qui lui vaudra une condamnation de trois ans de prison.
Toyama détestait tout ce que représentait l’ère Meiji : la modernisation économique, la modernisation culturelle… tout ça, il n’en voulait pas.
À sa libération, il s’est donc empressé de s’engager dans son premier groupe nationaliste et a commencé à rassembler des partisans.
Certains d’entre eux étaient des ex-samouraïs et des gangsters, qui ont été pour Toyama une force de combat coriace, notamment utilisée pour limiter les conflits sociaux et assassiner certains politiciens de gauche.
Suite à cela, Toyama commence ainsi à se faire un nom dans sa région.
Et, à l’instar d’un Robin des bois, il obtient rapidement une image de héros populaire dans tout le pays.
Il n’avait d’ailleurs pas seulement l’approbation du peuple, mais aussi celle d’une partie de la sphère politique japonaise.

Vous l’aurez donc compris, Toyama était animé d’un profond patriotisme.
Ses convictions politiques changeront alors l’histoire du pays (ainsi que des yakuzas) lorsqu’il créera en 1881 la « Genyasha », ou « Société de l’Océan Noir ».
Une fédération nationaliste qui sera le précurseur des sociétés secrètes et des groupes patriotiques, rassemblant bon nombre d’anciens tekiya et bakuto.

Mitsuru Toyama

Portrait de Mitsuru Toyama.

 

Dès lors, à partir de la fin du XIXe siècle, l’ultranationalisme devient une des composantes du paysage politique japonais.
La différence entre gangsters et militants ultra nationalistes devient, quant à elle, de plus en plus faible.

Dans les années 1930, la puissance de Mitsuru Toyama atteint son paroxysme.
Il avait mené à bien son combat, à savoir rendre sa terre natale plus nationaliste que jamais.
C’est d’ailleurs au début du XXe siècle que de nombreux gangs yakuzas émergent.
L’un d’entre eux voit le jour dans la ville de Kobe : le Yamaguchi-gumi, la plus grande famille yakuza à l’heure actuelle.
Un syndicat yakuza qui réussit, dans les années 30, à écarter tous ses rivaux et à se hisser au sommet de la pègre japonaise.
Cette ascension, le Yamaguchi-gumi la doit principalement à son chef : Kazuo Taoka, le parrain incontesté du crime organisé japonais, connu pour sa impitoyabilité et son sens de l’organisation.
Dans les années 30 et 40, il transforme en effet le Yamaguchi-gumi en une puissante organisation criminelle, comptant près de 13 000 membres dans les 36 des 47 préfectures du Japon.
Une influence criminelle impressionnante, mais… les japonais sont à cette période focalisés sur un événement bien plus grave : l’attaque de Pearl Harbor et son entrée en guerre contre les États-Unis.
Un conflit armé que les Japonais ont vécu comme une terrible humiliation.
Après le conflit, les millions de soldats morts sur les champs de bataille, les 2 bombardements atomiques et l’invasion des soviétiques ont eu raison du Japon, qui a dû capituler le 2 septembre 1945.
Défaite qui signifia alors le début de l’occupation américaine au pays du Soleil-Levant…

Sous l’Occupation, les Japonais ont manqué de tout et particulièrement de nourriture.
Heureusement, et assez paradoxalement il faut l’avouer, les citoyens ont pu compter sur l’aide des yakuzas. Avec l’émergence du marché noir, ces derniers ont en effet permis à la population japonaise de s’alimenter tant bien que mal.

Profondément attachés à leur patrie, les yakuzas sont même allés jusqu’à troquer leurs armes contre des outils afin d’aider à la reconstruction du pays.
Une aide qui permettra aux yakuzas d’être mieux acceptés dans la société, les citoyens Japonais se sentant désormais redevables.

Cependant, à la fin des années 40, les forces d’occupation américaines laissent entendre qu’elles souhaitent éliminer, selon leurs dires, la « vermine yakuza ».
Une discours assez contradictoire quand on sait qu’elles ont grandement aidé les gangs japonais durant l’Occupation, notamment au niveau de l’approvisionnement de riz pour le marché noir.

En réalité, durant l’Occupation, la politique américaine au Japon fut assez désastreuse.
Les autorités américaines – et principalement le général Mc Arthur – savaient pertinemment que les gangsters étaient rois au Japon, mais… ils n’ont rien fait pour rétablir l’ordre.
En fait, leur priorité n’était pas les yakuzas, mais la possible montée du communisme au pays du Soleil-Levant.
Et pour cela, les Américains ont vu la pègre japonaise ultranationaliste comme un potentiel allié, puisqu’eux aussi étaient farouchement opposés au communisme.

Le parrain yakuza Kazuo Taoka jeune

Un jeune et souriant Kazuo Taoka.

Soldat japonais après le bombardement de Hiroshima

Photographie d’un soldat japonais retournant à Hiroshima après le bombardement en 1945.

 

Ce fut alors le début de la guerre froide, une période qui mettra en lumière une autre figure ultranationaliste japonaise : le gangster et politicien Yoshio Kodama, l’un de ceux qui marquera le plus l’histoire des yakuzas.
En droite ligne des préceptes de Mitsuru Toyama, il crée en 1933 son propre groupe politique nommé la « Société Indépendante de la Jeunesse ».
Une société qui a pour but, entre autres, d’assassiner certains politiciens japonais.
Après la Seconde Guerre mondiale, il est emprisonné à Tokyo et est considéré comme criminel de guerre de classe A, soit la catégorie de prisonniers de la plus grande importance.
En prison, il noue des liens étroits avec plusieurs hommes politiques de droite.
À sa sortie, personne ne peut alors se douter qu’il deviendra un des hommes les plus puissants du Japon d’après-guerre.

Car oui, le 24 décembre 1948, date à laquelle il sort de prison, Kodama s’empresse d’utiliser sa fortune à des fins politiques.
Il réprime les conflits sociaux et chasse les communistes du Japon, à l’image de ce qu’a pu faire le sénateur Mc Carthy aux États-Unis avec la fameuse « chasse aux sorcières ».
Et, pour parvenir à ses fins, Kodama va même jusqu’à travailler main dans la main avec les services de renseignements américains, la CIA.
Le début d’une longue coopération.

Il faut en effet savoir que la CIA a secrètement financé les nationalistes Japonais pour lutter contre le communisme.
Dans les années 50 et 60, la CIA a dépensé des millions pour soutenir le parti libéral-démocrate japonais, la droite conservatrice du pays.
Le but était de faire du Japon un rempart contre le communisme en Asie.

Ainsi, grâce à Kodama (et Mitsuru Toyama avant lui), les yakuzas ont joué un rôle capital dans l’échiquier politique japonais. L’alliance des politiciens ultranationalistes et de la pègre a permis aux yakuzas d’être plus influents que jamais.

Au final, l’occupation américaine d’après-guerre a été une véritable aubaine pour eux, car ils ont pu se développer politiquement et économiquement dans tout le pays.

Pourtant, le meilleur était encore à venir…

Yoshio Kodama jeune

Le gangster et politicien Yoshio Kodama, ici présent à gauche de la photo.

L’apogée du yakuza (1945-1990)

Les années 1950 marquent une période de changements importants pour les Japonais.
Le pays retrouve petit à petit sa puissance industrielle et se relève du chaos laissé par la Seconde Guerre mondiale.
De plus, le traité de paix de San Francisco, ratifié en avril 1952, marque la fin officielle de l’occupation américaine du Japon.
Libérée de ce fardeau, la nation japonaise peut enfin retrouver sa souveraineté et se consacrer entièrement à ses propres intérêts.
Il ne lui faut d’ailleurs pas longtemps pour remonter la pente, puisqu’en 1968, le Japon devient la 3e puissance économique mondiale.
Une reconstruction éclair qui ne faisait pas le bonheur des yakuzas.
Car, rappelez-vous, ils tiraient de grands bénéfices du marché noir, mais les denrées alimentaires étant redevenues abondantes, ils voient ce marché disparaître, perdant alors le contrôle qu’ils avaient sur le peuple.

Les mafieux japonais ont ainsi été obligé de se tourner vers d’autres affaires, comme la prostitution, les jeux d’argent, le divertissement et plus important encore, le trafic de drogue.
Vous ne le savez peut-être pas, mais durant la Seconde Guerre mondiale, l’armée japonaise (tout comme d’autres armées durant ce conflit) donnait à ses soldats de la méthamphétamine pour qu’ils ne ressentent ni peur ni fatigue au combat.
Cette drogue, produite en grande quantité, était notamment consommée par les célèbres kamikazes, prêts à se sacrifier pour faire le maximum de victimes chez l’ennemi.
Après la guerre, il restait d’énormes stocks et les yakuzas ont tout naturellement flairé l’opportunité. Il ne leur restait plus qu’à distribuer cette drogue dans tout le Japon.
C’est ce qu’ils ont fait, ce qui leur a permis de considérablement prospérer.

Kamikazes japonais durant la Seconde Guerre mondiale

Pilotes kamikazes japonais durant la Seconde Guerre mondiale.

 

En plus de la prostitution, du trafic de drogue et du divertissement, la mafia japonaise a bien évidemment continué ses autres activités, dont l’extorsion, qui était, dans les années 50, l’une de ses principales sources de revenus.
Grâce à leurs différentes activités, les gangs japonais se sont ainsi beaucoup développés en générant des revenus prodigieux.

D’ailleurs, c’est durant les années 50 que les yakuzas ont commencé à copier les codes des gangsters américains.
La raison ? L’émergence du cinéma hollywoodien sur le sol japonais durant et après l’Occupation.
Les gangsters japonais s’habillaient désormais en costume sombre, cravate sombre, chemise blanche, et ils dissimulaient leurs yeux derrière des lunettes de soleil.
Les chefs yakuzas avaient, quant à eux, pris goût aux grandes berlines américaines (ce qui est toujours le cas aujourd’hui).

Style vestimentaire du yakuza

Style vestimentaire yakuza d’après-guerre.

 

Autre fait remarquable dans les années 50 : les effectifs des gangs yakuzas connaissent une hausse significative.
Pour vous donner un ordre d’idée, la police métropolitaine de Tokyo estimait qu’en 1958, il y avait environ 70 000 yakuzas au Japon.
5 ans plus tard, ce nombre grimpe à 184 000 membres, soit plus d’hommes que dans toute l’armée japonaise !

Dans les années 60 et 70, 2 familles yakuza vont alors prospérer :

  • Le Yamaguchi-gumi (le syndicat yakuza de Kobe que vous connaissez un peu déjà)
  • et l’Inagawa-kai (situé dans la région de Tokyo).

Mmm, c’est vrai, nous n’avons toujours pas parlé de Tokyo, la capitale tout de même.
Eh bien, dans sa région, dites-vous qu’aucun gang n’est jamais parvenu à avoir le monopole. Enfin, si, un plus que les autres : l’Inagawa-kai, fondé par un certain Kakuji Inagawa, un autre chef yakuza influent, à l’image de Kazuo Taoka, le chef du Yamaguchi-gumi.

Ah oui, en parlant de Taoka…
Vers la fin des années 50, son influence commence à s’étendre sur tout le territoire national.
Sa puissance est telle qu’au milieu des années 60, son syndicat contrôle environ 80 % de toutes les cargaisons chargées sur les quais de Kobe.
Dans le même temps, il possède certaines parts dans quelques quatorze entreprises de la région de Kobe, ce qui lui rapporte près de 17 millions de dollars pour la seule année de 1965.
L’organisation qu’il contrôlait était composé de 343 gangs différents ! Rendez-vous compte.
À la fin des années 60, il pouvait alors se vanter d’avoir à sa solde près de 10 000 kobun !

À cette période, Taoka et Inagawa ont d’ailleurs failli se déclarer la guerre, mais au lieu de ça, ils ont formé une alliance le 24 octobre 1972. Et devinez grâce à qui ?
Un ami très proche des deux hommes : Yoshio Kodama, la figure la plus éminente du crime organisé japonais durant cette période.

Le chef yakuza Kakuji Inagawa avec Kazuo Taoka

Photographie montrant ensemble Kakuji Inagawa (à gauche) et Kazuo Taoka (à droite).

 

En effet dans les années 60, Kodama, le gangster très impliqué dans la politique nipponne, continue à faire ce qu’il fait de mieux : des alliances entre gangsters et politiciens.
Ententes qui permettront de moderniser encore davantage les organisations criminelles japonaises.

Il faut savoir que Kodama était le représentant politique de certains des plus gros gangs du pays. Grâce à lui, les gangs yakuzas étaient assurés d’atteindre le sommet du pouvoir politique.
Il tenait les politiciens dans une main, et dans l’autre, une armée de gangsters à son service.
Sa fortune se comptait en millions de dollars.
Il n’est certainement pas exagéré de dire que pendant les années 60 et 70, Kodama était l’un des hommes les plus puissants du Japon.

Mais… à la fin des années 70, un événement met définitivement fin à sa carrière.
La raison ? Des accusations portées contre lui pour fraude fiscale liées à un énorme scandale.
Une histoire qui prend racine quelques années plus tôt, en 1957 plus exactement.
À cette époque, le représentant de la célèbre firme aérospatiale américaine « Lockheed » au Japon a pour consigne de vendre des avions de chasse à l’armée nippone.
Pour ce faire, il prend alors directement contact avec Kodama qui joue de ses relations politiques pour favoriser l’entreprise américaine.
La contrepartie à cela ? Des énormes pots-de-vin.
L’affaire éclate alors au grand jour en 1976 et le peuple japonais est scandalisé ! Pour Kodama, la longue descente aux enfers était sur le point de commencer.
Il est en effet jugé et accusé d’avoir détourné 6,5 millions de dollars d’impôts sur le revenu entre 1972 et 1975, et d’avoir obtenu 3,6 millions de dollars en devises étrangères.
Tout au long de son procès, des manifestants se rendront devant sa résidence avec la ferme intention de lui faire payer cette trahison.
Les partisans des groupes ultranationalistes, autrefois grands admirateurs de Kodama, lui suggèrent à présent de se donner la mort pour avoir sali l’honneur du Japon (en l’incitant notamment à procéder au fameux hara-kiri : un suicide rituel consistant à s’éventrer).
Le phénomène prend d’ailleurs une telle ampleur qu’un jour, un dénommé Mitsuyasu Maenu, acteur de films X et partisan ultranationaliste, tente de tuer Kodama en s’écrasant avec un avion sur sa demeure, tel un kamikaze de la Seconde Guerre Mondiale.
Malheureusement pour lui, cette attaque se solde par un échec, puisqu’il manque sa cible de justesse.

Suite à la révélation de ce scandale, l’état de santé de Yoshio Kodama décline alors rapidement, et son empire avec.
Kodama déclarera aux journalistes avoir reçu une “punition divine” après avoir servi une société d’aviation américaine qui avait tué tant de Japonais pendant la guerre du Pacifique.
Il meurt dans son sommeil d’une attaque cérébrale le 17 janvier 1984, à Tokyo, avant la fin de son procès.

Crash d'avion dans la maison de Kodama

Image prise après le crash d’avion dans la résidence de Yoshio Kodama.

Yoshio Kodama durant le procès du Lockheed

Un Yoshio Kodama diminué lors du procès Lockheed.

 

Ce scandale à grande échelle entachera ainsi grandement l’image des yakuzas auprès du peuple japonais. Jusque-là reconnaissants, les Japonais ont en effet commencé à les voir d’un autre œil.
Malheureusement, cette mauvaise publicité n’a pas été suffisante pour réduire la puissance de la pègre nipponne.
Kazuo Taoka, le chef du Yamaguchi-gumi, désormais âgé de 65 ans, est toujours aussi influent, comptant dans ses rangs près de 120 000 yakuzas.
Contrairement à Kodama, il avait su rester dans l’ombre.
Pourtant, lui aussi va chuter de son piédestal.
Comment ?
Par le biais d’une rivalité entre gangs.

Toute cette histoire commence un soir de juillet 1978.
Ce soir-là, Taoka est tranquillement dans une boîte de nuit de Kyoto, accompagné de cinq hommes de main.
Soudain, un jeune homme en chemise blanche se lève de son siège, sort un calibre 38 et vide son chargeur sur le parrain de la pègre.
L’agresseur s’enfuit alors pour tenter de sauver sa peau, tandis que Taoka est précipité dans une Cadillac blindée et emmené sous escorte policière vers l’hôpital le plus proche.
Touché au cou, il réussit miraculeusement à s’en sortir.

L’agresseur de Taoka n’était autre qu’un yakuza de 25 ans appartenant au clan Matsuda, un rival de la famille Yamaguchi, également actif dans l’Ouest du Japon.
Malheureusement pour lui, il ne fait pas long feu. Il est retrouvé quelques semaines plus tard sauvagement assassiné sur le flanc d’une montagne, près de Kobe.

Ainsi, après cette tentative d’assassinat, une guerre de gangs, digne du Chicago des années 30, éclate.
Les yakuzas s’affrontent en plein jour dans la rue et personne, pas même les forces de l’ordre, n’est en mesure de stopper ce chaos.
5 autres yakuzas affiliés au Matsuda-gumi seront assassinés dans les représailles sanglantes qui suivront.

Pendant ce temps-là, Taoka, lui, a du mal à se remettre sur pied.
Ses blessures suite à la fusillade l’affaiblissent considérablement, l’obligeant à se retirer pendant quelque temps.
C’était le début de le fin pour le parrain du clan Yamaguchi-gumi…

Le syndicat Yamaguchi-gumi devait en effet une grande partie de sa force au leadership de Taoka.
Or, après sa tentative d’assassinat, ce n’était plus la même chose… De plus en plus faible, Taoka n’a plus le contrôle sur son gang et le clan commence ainsi à se diviser, certains lieutenants luttant déjà pour lui succéder…

Taoka meurt finalement en juillet 1981.
C’est une crise cardiaque qui met fin à ses 35 ans de règne au sein du syndicat yakuza le plus puissant du Japon.
Au moment de sa mort, le clan Yamaguchi-gumi a généré à lui seul plus de 460 millions de dollars par an.

Quelques 1 300 yakuzas issus de 200 gangs se réunissent alors à Kobe pour honorer leur défunt parrain.
Plusieurs chefs yakuzas ainsi que d’éminents hommes d’affaires assistent aux funérailles, et des fleurs arrivent de tout le pays.

À la plus grande surprise, c’est sa femme, Fumiko Taoka, qui reprend les rênes du Yamaguchi-gumi, chose plutôt inédite dans l’histoire des yakuzas.
Le rôle de Fumiko devait être temporaire afin de combler le vide jusqu’à ce qu’un leader masculin puisse émerger.
Ce leader masculin devait être à l’origine Kenichi Yamamoto (fondateur du Yamaken-gumi, la plus grande filiale du Yamaguchi-gumi), mais…malheureusement pour lui il succombe à une maladie 7 mois après la mort de Kazuo Taoka.
Dès lors, pendant un certain temps, près de 12 000 hommes du plus grand syndicat du crime du Japon vont être dirigés par une femme.
Il faudra attendre 1984 pour qu’un nouveau parrain, du nom de Masahisa Takenaka, soit élu.

Lieu de la tentative d'assassinat de Kazuo Taoka

Lieu où s’est déroulée la tentative d’assassinat de Kazuo Taoka.

Funérailles du parrain yakuza Kazuo Taoka

Funérailles du parrain Kazuo Taoka.

Vidéo dans laquelle Fumiko Taoka (la femme de Kazuo Taoka) est interviewée.

 

Dans le Japon des années 80, le Yamaguchi-gumi et l’Inagawa-kai sont toujours les 2 familles de yakuzas les plus éminentes.
Enfin pas vraiment, puisqu’il y en a une autre, dont on n’a pas encore parlé : le Sumiyoshi-kai.
Un syndicat yakuza, singulier par bien des aspects, qui ne possédait pas d’oyabun, à la différence des Yamaguchi-gumi par exemple.
Son fonctionnement était en fait assez différent :

  • Le Sumiyoshi-kai a plusieurs leaders, tous égaux entre eux.
  • Le tribut des kobun versé aux oyabun est quant à lui plus faible.
  • Enfin, une plus grande autonomie est donnée aux membres de gang en général.

Un système qui fonctionne très bien, quand on sait qu’au milieu des années 80, le Sumiyoshi-kai rapportait plus de 276 millions de dollars par an.
Hmm, ouais, c’est pas rien.

Mais une question se pose maintenant : que faisait la police durant tout ce temps ?
Eh bien, comme à son habitude, elle coopérait avec les gangsters.
Il y a en effet toujours eu une relation unique entre les forces de l’ordre et les yakuzas, avec une corruption largement étendue et institutionalisée.
Il arrivait par exemple que les policiers organisent des raids contre la pègre, et arrêtent chaque année entre 30 et 50 000 malfrats. Le truc, c’est que la plupart du temps, les gangsters étaient relâchés au bout de quelques jours, souvent par manque de preuves.
Les gangs étaient en effet prévenus avant chaque grand raid policier, ce qui leur donnait tout le temps de fuir et de cacher les éléments pouvant les incriminer avant l’arrivée des autorités.
Les yakuzas étaient quand même sympas, parce qu’il leur arrivait parfois de laisser derrière eux des armes à feu que pour la police puisse sauver la face.

Il y avait d’ailleurs une certaine familiarité entre eux, car gangsters et policiers se connaissaient généralement par leur nom. En plus de ça, ils partageaient les mêmes valeurs de conservatisme et de nationalisme.
Un officier de police japonais disait alors ceci :
« Tous les yakuzas ne sont pas mauvais (…). J’ai des amis qui sont yakuzas (…) et ce sont des gens honorables et chevaleresques. Ils montrent le véritable esprit du peuple japonais ».

Les gangsters, quant à eux, respectaient la police et comprenaient leur devoir de faire respecter la loi. Par exemple, après un meurtre commis, le yakuza coupable se rendait au poste de police le plus proche et faisait des aveux complets.
Une relation entre gangs et policiers partagée par le chef yakuza, Kakuji Inagawa, qui déclarera :
“Nous croyons en la police japonaise. S’ils disent que le gang Inagawa est mauvais, alors c’est vrai. Je n’aime pas trop dire ça, mais ils sont très compétents. C’est leur devoir de me surveiller. Je les respecte. Transmettez-leur mes salutations.”

Cette complicité était telle que certains yakuzas pouvaient aider la police et jouer son rôle en résolvant certains conflits et incidents au sein de la société nipponne.

Les Japonais étaient bien sûr au courant, bien qu’il arrivait parfois que certains scandales éclatent, un peu comme celui du début de l’année 1983.
À ce moment-là, la presse japonaise révèle au grand jour un scandale qui lie la police aux yakuzas.  Certains policiers auraient en effet accepté des pots-de-vin pouvant aller jusqu’à 20 000 dollars afin de fermer les yeux sur les crimes commis par les gangsters.
Une corruption qui n’est pas vraiment passée. Les autorités, pour sauver leur image, ont donc agi en conséquence.
Résultat ? 124 policiers sont licenciés ou sanctionnés, soit assez d’agents pour assurer la sécurité d’une ville japonaise de près de 70 000 habitants à cette époque.

Un scandale qui n’est rien cependant comparé à ce qui va suivre.
Ouais, je crois qu’il est temps de parler de l’ère la plus prospère des yakuzas : la fin des années 80.

La fin des années 80 fut en effet une époque merveilleuse pour le Japon.
De 1986 à 1990, l’économie japonaise connaît une croissance extraordinaire, avec une montée en flèche des valeurs immobilières et boursières.
À cette époque, Tokyo devient la plus grande Bourse du monde, avec une valeur de l’immobilier qui dépasse l’ensemble de celui des États-Unis.
Vous vous en doutez bien, ce boom économique n’a pas échappé aux yakuzas.
Joueurs dans l’âme, les truands japonais n’ont pas tardé à plonger dans les marchés immobiliers et boursiers en plein essor. Ils ont commencé à investir gros, et résultat : ils ont engrangé des profits faramineux à une vitesse affolante !
Nombreux étaient alors les gangs qui capitalisaient sur des entreprises de plusieurs millions de dollars, en particulier dans le secteur de la construction et du divertissement.
Et comme si ce n’était pas suffisant, les revenus illégaux des yakuzas augmentent aussi : jeux d’argent, prostitution, trafic de drogue…
C’est en somme une période bénie pour la pègre nipponne qui, grâce à cette bulle spéculative, amasse des dizaines de millions de dollars, par le biais notamment d’énormes projets de construction (l’aéroport international du Kansai étant un exemple).

Mais on ne peut pas évoquer cette ère prospère sans avoir parlé de Susumu Ishii, le parrain yakuza de Tokyo et chef du Inagawa-kai après avoir succédé à Kakuji Inagawa.
Ouais, Susumu Ishii n’était pas un gangster ordinaire. À cette période, il était le malfrat le plus riche de tout le Japon et l’un des plus fortunés au monde.
Contrairement aux autres yakuzas, qui exhibaient leurs tatouages et intimidaient les passants, Ishii, lui, avait adopté un mode de vie plus discret et élégant.
C’était un parrain qui préférait la force des mots à celles des poings.
Une stratégie qui lui réussira plutôt bien, quand on sait qu’en 1988, sa fortune dépassait les 1,6 milliard de dollars.
C’est simple, tout ce que touchait ce type se transformait en or.
Grâce à la bulle, il se faisait des gains colossaux, qu’il investissait dans l’immobilier, le marché boursier et un réseau enchevêtré de plus d’une douzaine de sociétés légales, au Japon et à l’étranger.
On dit d’ailleurs qu’il aurait remis, pour des raisons encore inconnues, 360 000 $ à Noriega, le dictateur panaméen de l’époque, connu pour avoir amassé une fortune grâce au trafic de drogue dans les années 80.

Susumu Ishii

Photo de Susumu Ishii.

 

Durant son règne, l’Inagawa-kai était devenu le plus grand syndicat du crime de Tokyo.
Ishii avait à sa disposition près de 7 500 hommes qui trempaient dans le trafic de drogue, l’extorsion, le jeu ainsi qu’une centaine d’autres rackets.
En seulement trois ans, il avait réussi à hisser les yakuzas à des sommets qu’ils n’avaient, jusqu’alors, jamais atteints !

Mais… vous savez, toutes les bulles finissent par éclater un jour, et l’économie japonaise n’a pas fait figure d’exception.
La dégringolade a commencé au début de l’année 1990.
C’était l’une des pires crises que vivait le pays. En 40 ans, le Japon n’avait jamais connu ça.
Autant vous dire que les conséquences ont été terribles pour Ishii, l’Inagawa-kai et l’ensemble de la mafia japonaise.
L’empire d’Ishii s’est en effet écroulé et, pour ne rien arranger, son état de santé s’est gravement détérioré.
Pas étonnant qu’en octobre 1990, il démissionne de son poste de chef de l’Inagawa-kai et prend officiellement sa retraite.
Une retraite qui ne durera pas longtemps, puisqu’il mourra quasiment un an après.

Ainsi, après quatre ans de prospérité, il était temps pour le Japon de payer les pots cassés.
Les yakuzas voient leurs revenus chuter drastiquement, puis s’ensuit une décennie de scandales.
Scandales qui pointent dangereusement la pègre japonaise à l’origine de prêts douteux d’un montant de 288 milliards de dollars durant la bulle spéculative !

Cette crise économique a finalement été le reflet de l’échec des forces de l’ordre à contenir l’influence des yakuzas, qui devenait, elle, de plus en plus évidente.

Pour répondre à cette vague de scandales sans précédent, les hauts responsables de la police japonais ont donc fini par conclure que des mesures plus strictes s’imposaient.
Les scandales qui ont coûté des milliards de dollars, la corruption omniprésente, le harcèlement constant des yakuzas et les guerres de gangs sanglantes avaient fait des ravages sur les îles nipponnes, et il était temps d’agir.
L’une de ces mesures a été prise le 1er mars 1992, lorsque le gouvernement japonais fait voter une loi anti-gang.
Avec cette loi, le Japon désignait pour la première fois les yakuzas comme un mal social, avec des mesures spéciales pour les contenir.
Mais, comme vous pouvez l’imaginer, les yakuzas ne sont pas restés les bras croisés.
Pour faire face à cette nouvelle législation qui ne les arrangeait pas le moins du monde, ils ont organisé des manifestations et ont intenté plusieurs procès.

Au début, cette nouvelle loi semblait avoir un impact considérable sur les yakuzas.
La police annonçait que des milliers de yakuzas avaient cessé leurs activités et que des dizaines de gangs s’étaient dissous suite à la loi anti-gang.
Mais… les faits annoncés étaient malheureusement bien loin de la réalité.
La loi anti-gang avait effectivement réussi à chasser des dizaines de milliers de gangsters, mais la plupart d’entre eux étaient resté fidèles à la pègre ; ils s’étaient simplement reconvertis dans des rôles d’associés pour être blanchis de tout soupçon.

Finalement, ces mesures contribueront à réduire le nombre total de yakuzas de 10 000.
Leur effectif restera cependant toujours élevé, puisqu’en 1994, on comptera près de 80 000 yakuzas, dont près de la moitié désormais désignés comme “associés”.

En fin de compte, cette loi n’aura eu pour effet que de pousser les yakuzas à la clandestinité, rendant la collecte de renseignements encore plus difficile.
Certains chefs yakuzas jureront bon alors de mettre fin à toute coopération avec les autorités.

Cette répression a toutefois eu une autre conséquence, bien plus importante : les yakuzas ont commencé à explorer les opportunités de business à l’étranger.

 

À la conquête du monde

Fini l’argent facile et les années prospères de la bulle ! Les yakuzas devaient maintenant se restructurer et retrouver leur grandeur.
Une tâche pas facile quand on sait que leurs revenus tirés du jeu et de l’extorsion avaient fortement diminué.
Finalement, ce dont les yakuzas avaient besoin à ce moment-là, c’était de nouveaux marchés à exploiter.
Et c’est ce qu’ils ont fait au début des années 1990, en se lançant notamment dans le trafic international des femmes.
Comment procédaient-ils ?
Ils attiraient des dizaines de milliers de femmes à travers toute l’Asie et leur promettaient des emplois légitimes ainsi que de l’argent.
Évidemment, ces promesses n’étaient que des promesses…
En réalité, ces pauvres femmes étaient droguées, puis exploitées en tant qu’esclaves sexuelles, forcées à la prostitution dans les bordels japonais.
Le trafic de femmes était pour les yakuzas un business rentable qui rapportait gros, plusieurs milliards de dollars chaque année.

Mais il y avait un autre marché, encore plus lucratif, que les yakuzas ont exploité à l’étranger : le trafic de drogue.
L’une d’elles était la méthamphétamine, une substance illégale que les mafieux nippons connaissaient déjà très bien.
Cette dernière étant généralement produite en Asie de l’Est, les yakuzas l’ont alors marchandée à l’international et de la sorte, ont engrangé d’énormes profits, contribuant grandement au renouveau de leur organisation (on dit qu’elle représentait à l’époque un tiers des revenus des yakuzas).

En plus de la « meth’ », les gangsters japonais étaient intéressés par l’héroïne, elle aussi très rentable.
Pour cela, ils sont allés en Asie du Sud-Est.

Puis il y eu la cocaïne, une autre drogue convoitée par les yakuzas.
En effet, dans les années 90, des représentants du cartel de Cali, en Colombie, seraient entrés en contact avec le plus grand gang yakuza, le Yamaguchi-gumi.
Ensemble, ils auraient alors comploté pour faire entrer d’énormes quantités de cocaïne au Japon.
Le genre de nouvelle qui donne des cauchemars aux autorités du crime international : une alliance entre le puissant syndicat Yamaguchi-gumi et le redoutable Cartel de Cali en Colombie, vous imaginez ?
Le cartel colombien aurait donc envoyé des distributeurs de cocaïne dans tout le Japon : à Tokyo, Osaka, Yokohama ou encore Kobe.
Les Colombiens semblaient déterminés à montrer qu’ils pouvaient être tout aussi impitoyables au pays du Soleil-Levant que chez eux.
Mais… bizarrement, la menace de l’arrivée de cette drogue sur le sol japonais est resté au stade de menace. La police nipponne s’était préparée à devoir faire face à un blizzard de cocaïne qui n’est, finalement jamais arrivé.
Les Colombiens n’ont jamais donné suite à l’affaire, sans que personne ne puisse expliquer pourquoi.

Chefs du cartel de Cali

Les chefs du cartel colombien de Cali dans les années 90.

 

Quoi qu’il en soit, les yakuzas ont continué à voyager, cette fois-ci en se rendant chez leurs voisins, les Russes.
Bien que moins organisés que les syndicats du crime italiens ou japonais, les mafieux russes faisaient preuve d’un sens des affaires et d’une impitoyabilité sans pareilles.
D’anciens agents du KGB et de la police sont à l’origine d’un bon nombre des groupes criminels russes. Ces derniers se sont alors répandu dans le monde entier et se sont mis en contact avec les plus grandes organisations criminelles, dont les yakuzas.
La Russie et le Japon restaient des voisins éloignés, en grande partie à cause du différend sur la saisie par l’Union soviétique des îles du nord du Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le commerce entre l’Extrême-Orient russe et le Japon s’est néanmoins développé assez rapidement.
Une collaboration fructueuse, qui permettra la vente de voitures et de biens de consommation volés du Japon vers la Russie et inversement, pour les armes et les femmes russes.

Cependant, les yakuzas les plus ambitieux avaient déjà jeté leur dévolu sur les États-Unis depuis longtemps.
Il n’y avait rien d’étonnant à ce que des mafieux japonais commencent à apparaître sur les plages d’Hawaï et sur le continent américain lui-même.

Au début des années 1970, les yakuzas avaient en effet déjà établi des bases dans le pays de l’Oncle Sam, notamment dans les îles américaines du Pacifique.
Ils se sont dès lors développés sur le continent à Los Angeles, San Francisco ou encore New York.
C’est en 1981 que les yakuzas commencent sérieusement à attirer l’attention des autorités américaines.
À New York par exemple, au début des années 80, la police locale prend conscience de l’existence des yakuzas et d’opérations criminelles de grande envergure dans la région.
Elle n’est toutefois pas plus inquiète que ça et le fait savoir de cette manière :

“S’il y avait un quelconque racket que ce soit, comme la prostitution, les Cinq Familles seraient déjà sur le coup. On ne peut rien faire très longtemps à New York sans que la mafia ne s’en aperçoive. Dans ce type d’affaires, vous n’avez pas le choix, vous devez traiter avec eux.[…] Je pense que New York est géographiquement peu propice à l’implantation des yakuzas.”

Et moins d’un an après cette déclaration, devinez ce qu’ils apprennent ?
La mafia new-yorkaise a décidé de collaborer avec les yakuzas, notamment pour organiser les jeux d’argent clandestins.
La police new-yorkaise avait cependant raison sur un point : les Cinq Familles ne voulait pas de concurrents sur leur territoire.
Alors pourquoi avoir collaboré avec les yakuzas ?
Eh bien parce qu’aux yeux de la mafia américaine, les yakuzas ne constituaient pas une menace, mais simplement un moyen d’étendre leur business.
Dès lors, les gangsters japonais ont pu former des alliances avec la mafia locale, une entente qui a profité aux 2 parties.

Ainsi, à la fin du XXe siècle, les yakuzas se sont implantés dans pléthore de pays, leur permettant de développer considérablement leurs activités à l’international.
Ils semblaient enfin se relever après les énormes pertes financières liées à l’éclatement de la bulle.
En entrant dans le second millénaire, ils vont cependant être confrontés à de nouvelles problématiques, bien plus insidieuses.

 

Le yakuza moderne

« Les yakuzas deviendront comme la mafia américaine »
« Dans le futur, il y aura une mafia nationale japonaise. »
« une mafia qui tuera pour le profit »
“Les yakuzas doivent respecter la morale et les règlements et y obéir – mais cette tradition s’estompe… »
« C’est à cause du fossé entre les générations que je m’inquiète. »

Tant de craintes émises par Kakuji Inagawa, l’ancien parrain et fondateur de la famille Inagawa-kai, en ce début du XXIe siècle.
Et il n’était d’ailleurs pas le seul à émettre ces inquiétudes.
La plainte la plus courante parmi les chefs de la pègre japonaise dans les années 2000 était que les nouveaux yakuzas étaient désormais plus violents, moins obéissants et davantage intéressés par les gros profits que par les anciennes traditions.

Tokutaro Takayama, chef de longue date du gang yakuza de Kyoto, déclara à un journaliste :
“Aujourd’hui, ils ne se soucient plus des obligations, de la tradition, du respect et de la dignité. Il n’y a plus de règles”.
Et on ne peut pas dire qu’il avait tort.
Le yakuza moderne s’est en effet peu à peu débarrassé du poids des traditions pour ressembler au gangster ordinaire.
Le monde criminel du XXIe siècle ne requiert plus l’idéologie, la chevalerie ou la loyauté absolue.
Au contraire, cette époque semble exiger que les malfrats soient davantage fourbes, rusés et sans honneur.
En conséquence et pour la première fois de leur histoire, les yakuzas ont commencé à agir que pour eux-mêmes et non plus pour le gang dans son ensemble.
Ce qui a, en définitive, considérablement changé le visage du crime organisé japonais.

Une modernisation des gangs yakuzas qui a commencé dans les décombres de 1945 pour se poursuivre aujourd’hui.
Durant tout ce temps, la mafia nippone a progressivement délaissé ses principes, et les guerres de gangs ayant entraîné des nombreuses victimes civiles en sont un exemple parmi tant d’autres.

En 1984, la police métropolitaine de Tokyo, qui connaît les yakuzas mieux que quiconque, a rendu public ce que les gangs observaient depuis plusieurs années déjà :
“Il y a une tendance claire au déclin de la solidarité et de l’obéissance parmi les membres des yakuzas”.
“Cela découle du départ à la retraite des chefs de gangs vieillissants qui maintenaient une discipline stricte, ainsi que des changements de tempérament des gangsters.”

Un déclin qui peut notamment s’expliquer par la question de la retraite.
Car oui, lors des dernières décennies, de plus en plus de jeunes oyabun ont accédé au pouvoir et ont progressivement modifié la structure des gangs.
Le passage des yakuzas dans les hautes sphères de la finance et leur expansion à l’étranger s’est produit au moment où les derniers grands patrons, ceux qui étaient arrivés au pouvoir pendant l’Occupation, sont décédés.
Ainsi, l’ancienne génération et avec elle ses traditions, tend à disparaître.

Le yakuza de nos jours

Un groupe de yakuzas de nos jours.

 

Pour autant, les yakuzas de la jeune génération ne sont pas tous inadaptés.
Ils sont simplement le fruit d’une autre génération, moins réceptive aux anciennes coutumes, n’y voyant là que des entraves à leurs activités.
Moins enclins à obéir à leur oyabun, aujourd’hui, peu sont prêts à donner leur vie et à se dévouer pour ces derniers.
De plus, à l’image de l’omerta qui était tombée au sein de la mafia italo-américaine, certains yakuzas ont commencé à parler et à dénoncer leur patron, un acte juste impensable quelques années auparavant.

En ce début du XXIe siècle, les priorités des yakuzas ont donc changé.
De nos jours, le fait d’accumuler de grandes richesses ou de réussir dans les affaires est devenu le seul objectif de la nouvelle génération des gangsters japonais.
La structure, autrefois rigide des bakuto et des tekiya, a, on peut le dire, aujourd’hui disparu.

D’ailleurs, même les traditions les plus courantes changent : les jeunes yakuzas délaissent les tatouages ancestraux (symbole révolu de leur abnégation et de leur discipline) pour des tatouages plus modernes, sans réelle signification, et certainement pas pratiqué selon les anciennes méthodes.

Pour ce qui est de la police, elle a depuis adopté de nouvelles lois pour contrer cette nouvelle génération de yakuzas. Néanmoins, il y a encore beaucoup à faire pour endiguer les activités de la pègre japonaise.
Ces décennies de tolérance à l’égard du crime organisé ont profondément ancré les yakuzas dans le tissu de la société japonaise, même si aujourd’hui, ils sont de moins en moins nombreux.
Ils continuent leurs activité, mais disons-le, dans une bien moindre mesure.

 

Conclusion

Vous avez donc vu que les yakuzas étaient loin d’être des gangsters ordinaires.
Présents depuis le Japon féodal, ils sont devenus la clé du pouvoir politique du pays au XXe siècle.
Durant toute leur histoire, ils ont joué le rôle de l’honorable opposition dans la société japonaise. Tantôt acceptés, tantôt rejetés, tantôt criminels, tantôt héros populaires.

En Occident, il n’y a qu’en Sicile où on peut affirmer que la mafia a eu une telle ampleur, et encore.

Au fil des décennies, les Japonais ont ainsi appris à vivre avec la pègre, cédant parfois à ses exigences pour maintenir un semblant de paix sociale.
Par le passé, cette méthode a permis d’assurer une certaine harmonie au sein de la population, mais… ce contrat social est désormais en train de se rompre.

Fortement affaiblis, les yakuzas seraient aujourd’hui en voie d’extinction.
Leur effectif a drastiquement chuté, et il y a de moins en moins de jeunes japonais qui rejoignent leurs rangs.
À présent, les autorités font tout pour lutter contre leurs méfaits et leur proposent même une réinsertion dans la société.

Hmm, ouais, drôle de destin pour ce groupe criminel qui jadis, était roi au pays du Soleil-Levant.

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5 réponses sur « L’Histoire du Yakuza et de la Mafia Japonaise »

Félicitations! Les histoires sont captivants et bien écrites; sans temps mort. La seule crititique: on en veut beaucoup plus!

Félicitations! Les histoires sont captivantes et on les lit d’un trait. La seule critique: on en veut beaucoup plus.

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